La dyslexie, un handicap invisible qui peut être très invalidant. - CGE

La dyslexie, un handicap invisible qui peut être très invalidant.

La dyslexie est un trouble spécifique des apprentissages qui affecte le langage écrit. Comme la dysphasie (langage oral) la dyspraxie (coordination du geste), ou encore le déficit de l’attention, la dyslexie concerne certaines fonctions cognitives sans altérer globalement l’intelligence ni le psychisme des personnes concernées. Les enseignants et les parents sont donc souvent perplexes devant le décalage de performance entre les compétences des jeunes concernés dans beaucoup de domaines et leur difficultés spécifiques pour la lecture ou l’écriture. Ces difficultés peuvent présenter des niveaux de sévérité variable. Si certains enfants parviennent à dépasser leurs troubles d’apprentissages, d’autres conservent jusqu’à l’âge adulte des difficultés sévères, en dépit parfois même de longues rééducations. La plupart des dyslexiques sévères voit leur scolarité perturbée par leur trouble. Ils ont certes des problèmes avec le français et en particulier l’exercice de la dictée, mais ils luttent aussi pour lire un énoncé de mathématique ou comprendre un texte d’histoire. Ceux qui parviennent aux études supérieures, ont réussi à compenser leur trouble soit grâce à l’aide de la rééducation soit par des performances supérieures dans les matières les moins impactées.

Ces jeunes adultes ont un rapport singulier à l’écrit qui s’est construit, malgré eux, sur leur expérience de l’échec à l’école. Ils ont recours à l’évitement pour ne pas retrouver les situations qui les mettent en difficulté : ne pas prendre de note en réunion, ne pas avoir à rédiger un mail, .. et préférerons toujours l’oral à l’écrit. Ils peuvent ainsi développer des capacités de mémorisation ou de compensation originales. Pour autant, ils n’échapperont pas aux regards négatifs qui visent tous ceux qui sont en difficulté avec l’orthographe. Les jugements de valeur sur la personne qui produit des écrits avec trop de fautes sont rédhibitoires. C’est un fait culturel en France que l’orthographe définisse celui qui le manie. Ainsi par exemple le système de certification de l’orthographe « Voltaire » affirme-t-il sans sourciller dans son texte de présentation : « les écrits reflètent la qualité de l’émetteur et prouvent le respect porté au destinataire ». Les élèves dyslexiques subissent à longueur de temps ces jugements de valeur. On leur a répété pendant toute leur scolarité « tu es nul » « tu es un bon-à-rien » (suspicion de défaut de qualité de l’émetteur). Ces propos dévalorisants nuisent gravement à l’estime de soi des jeunes, mais ils impactent aussi leur relation aux autres « tu te moques de moi, tu ne fais pas d’efforts » (suspicion de manque de respect porté au destinataire). Le dyslexique n’est ni nul, ni irrespectueux. Il dispose de qualités masquées par sa difficulté avec l’écrit et fait au contraire davantage d’efforts que les autres que ce soit à l’école ou dans l’emploi. Il a des compétences ailleurs et il travaille souvent plus que les autres pour obtenir des résultats identiques en raison de ce que les experts appellent la « surcharge cognitive ».

D’autres pays ont un rapport à l’apprentissage et à son évaluation qui met davantage en valeur les savoir-faire, que les connaissances académiques. Les évaluations se font alors sur les bases des pratiques professionnelles et permettent de faire une meilleure place à ceux qui sont en difficultés avec la langue écrite. Certaines entreprises ont compris le bénéfice qu’elles pouvaient tirer d’avoir en leur sein des collaborateurs atypiques. Les dyslexiques seront par exemple vigilants pour réduire le nombre de mails. Les dyslexiques préfèreront les présentations pas schéma ou par mise en situation. Ils rendront ainsi accessibles des explications à des collaborateurs non francophones ou à des clients étrangers. Leur singularité ouvre des perspectives de créativité et d’organisation des entreprises.

Plus de 10 ans après la grande loi de 2005 sur le handicap qui définit la spécificité des troubles cognitifs, il est temps que les jeunes en difficulté avec l’orthographe trouvent des réponses au delà des a priori et des préjugés qui les enfoncent davantage et qui ne correspondent pas à la réalité de l’emploi d’aujourd’hui.

Vincent Lochmann
rédacteur en chef – Vivre FM

 

Après avoir présidé la Fédération française des dys (ffdys), Vincent Lochmann est membre du bureau de la « European dyslexia association ».  Il est membre du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées au titre des personnalités qualifiées.

www.ffdys.fr

www.eda-info.eu

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