La parole à Antoine Flahault, directeur de l’École des hautes études en santé publique (EHESP, Rennes – Sorbonne Paris Cité) - CGE

La parole à Antoine Flahault, directeur de l’École des hautes études en santé publique (EHESP, Rennes – Sorbonne Paris Cité)

L’APPRENTISSAGE DE LA SANTÉ PUBLIQUE : UNE ÉCOLE D’INGÉNIEURS ET DE MANAGEMENT

L’EHESP est l’une des dernières nées de la dynamique et bouillonnante Conférence des grandes écoles, et c’est un honneur d’être invité ce mois-ci à écrire ces quelques lignes dans les colonnes de Grand Angle.

Notre institution, présidée par l’ancien ministre de la Santé, Jean-François Mattei, reste unique en Europe car elle forme aujourd’hui tous les cadres supérieurs de la santé publique du pays, dans une acception très large, allant des médecins inspecteurs de santé publique aux directeurs d’hôpitaux, ou d’établissements médico-sociaux en passant par les ingénieurs du génie sanitaire, les pharmaciens inspecteurs (ceux qui vérifient notamment que les substances actives fabriqués en Inde ou en Chine et qui entreront dans la composition de nos médicaments made in France soient bien conformes aux bonnes pratiques de fabrication).

Notre pays se situe en tête des classements internationaux concernant son système de santé. Le modèle sanitaire et social français est envié dans de nombreux pays du monde et souvent vu comme l’une des pierres angulaires de la réussite de la France sur le plan industriel, économique, culturel et scientifique. Les Français consomment peu de tourisme médical, car ils préfèrent se faire soigner dans leur propre pays. Les infrastructures de santé qui maillent le territoire sont évidemment perfectibles, tant en qualité, qu’en efficience (11 % de notre PIB est consacré aux dépenses de santé), mais elles rencontrent un très haut niveau de satisfaction chez nos concitoyens. L’EHESP a rejoint récemment le pôle de recherche et d’enseignement supérieur Sorbonne Paris Cité, une véritable université confédérale qui unit des universités, des grandes écoles et de grands établissements. Ce pôle est aujourd’hui l’un des leaders européens en matière de santé, tant en termes de formations que de productions scientifiques, mais aussi de délivrance de soins. Car le monde hospitalo-universitaire, dont notre école forme les managers, est un lieu d’excellence, où l’on vient trouver la fine fleur de la médecine française, mais c’est aussi un lieu où l’on rencontre toutes les vulnérabilités, la diversité culturelle et sociale la plus grande, et parfois même la misère. C’est un monde socialement responsable, dans lequel « durable » signifie « ouvert 24h/24h, 7j/7j ».

Le monde de la santé est celui d’un service à la personne poussé jusqu’à l’individualisation la plus extrême. La production de soins est une industrie où l’erreur et la négligence ont un coût qui se chiffre d’abord sur le plan humain. Le génie sanitaire est une ingénierie qui produit la vie (en garantissant la potabilité de l’eau par exemple). Les managers de la santé, les inspecteurs et les contrôleurs de la santé publique, les ingénieurs du génie sanitaire sont des professionnels qui évoluent dans un univers où la complexité est leur loi première. Un univers où la prise de risque est quotidienne et soulève à chaque instant des questions éthiques, sociales (les hôpitaux sont généralement les plus grands employeurs de leurs communes), biologiques, radiologiques et chimiques, et cela bien souvent au cœur même des zones densément urbaines.

Pour relever les défis qui sont proposés au monde de la santé, l’EHESP a fait le choix – et a la chance – de ne pas être seule. Elle s’est ouverte aux plus grands réseaux du territoire, comme celui de la CGE, où l’excellence se marie avec la responsabilité, ou innover se conjugue avec transmettre, où la formation se décline tout au long de la vie. Après trois ans d’existence l’EHESP espère créer, avec d’autres partenaires membres de longue date de la CGE, trois mastères spécialisés, dans les trois grands domaines qui sont le cœur de son métier : l’environnement et la santé (avec Mines ParisTech, accrédité en 2010), la santé publique (en rejoignant l’école du CNAM et de l’Institut Pasteur, dès 2011), et bientôt le management en santé (avec l’ESSEC).

Les choix qu’il conviendra de faire demain en matière de politiques de santé influeront sur l’avenir de nos concitoyens. La nation disposera alors d’hommes et de femmes formés par des membres de la CGE pour réaliser les investissements nécessaires à des coûts acceptables socialement, afin de vivre mieux, plus longtemps, et de répondre aux exigences d’équité et de justice, au niveau du pays, dans toute l’Europe, et sur le plan international.

Antoine Flahault
Directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique
(EHESP, Rennes – Sorbonne Paris Cité)

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