La recherche partenariale en France : Le point de vue de Michel Schmitt, directeur adjoint, chargé de la direction de la Recherche à Mines ParisTech - CGE

La recherche partenariale en France : Le point de vue de Michel Schmitt, directeur adjoint, chargé de la direction de la Recherche à Mines ParisTech

CGE : Comment fonctionne Armines en pratique ?

Michel Schmitt : Concrètement Armines gère la recherche partenariale en s’appuyant sur les laboratoires des écoles des Mines. Armines est l’opérateur : il aide à la négociation des contrats de recherche et en gère les fonds. On estime que celle-ci permet quasiment de doubler les ressources des laboratoires des écoles, ce qui montre à quel point elle est importante.

Ces financements complémentaires aux fonds publics des laboratoires permettent en particulier l’embauche en CDI de techniciens, d’informaticiens, d’ingénieurs et de personnels de recherche, personnels qui ne pourraient pas être embauchés aussi facilement sous statut public.

CGE : Quelles sont les réalisations principales d’Armines ?

M.S. : Tous les contrats de recherche partenariale sont réalisés avec l’aide d’Armines. Citons à titre d’exemple les contrats financés par l’ADEME sur la captation du CO2, associant des entreprises comme EDF ou Alstom.

Depuis une dizaine d’années, le laboratoire Energétique et procédés de Mines ParisTech a travaillé dans le domaine de l’énergie éolienne. Il a construit des modèles de prédiction de l’énergie éolienne, pour développer des stratégies d’intégration optimale de cette production dans un marché d’électricité. Il s’agit d’aider à gérer l’incertitude liée à une production d’énergie éolienne par nature fluctuante. Il a mis au point des modèles qui permettent de prédire à très court terme (de moins d’une heure à une semaine) la production éolienne d’un pays et de garantir l’équilibrage du réseau. Il a développé des outils d’aide à la décision en ligne sur ce thème en Europe, au Canada et en Australie. En Australie, Armines a été en première ligne pour négocier ce type de contrat, ce qui n’est pas simple à l’international.

En un mot, je dirais qu’Armines est le bras armé de la recherche des laboratoires : il permet de doubler les financements et les moyens à leur disposition, en particulier par la mise en place de plateformes d’expérimentation ou logicielles, de mettre en musique les projets avec nos partenaires publics ou les industriels, de gérer les négociations, les aspects juridiques …

CGE : Quels obstacles reste-t-il à lever pour développer la recherche partenariale en France ?

M.S. : Les laboratoires publics ne sont pas suffisamment encouragés à le faire. Par exemple, l’AERES, créée en 2007, a d’abord adopté des critères très académiques d’évaluation de la recherche. Ceux-ci ont totalement occulté la recherche partenariale. Ils privilégiaient les publications. C’est important, mais la recherche ce n’est pas seulement cela. On ne peut pas attendre une innovation majeure, de rupture, qui sera ensuite appliquée au monde réel ou économique.

Armines tente au contraire d’agir en amont avec les industriels lors de la définition de leurs programmes de R&D. On les associe très tôt aux programmes de recherche. Par exemple, en ce moment, nous discutons avec SAFRAN et EDF pour voir comment les laboratoires de l’école peuvent contribuer à la résolution des grandes questions de R&D qui se posent. On coopère également avec leurs laboratoires et on tente de mutualiser les efforts.

Les critères de l’AERES ont depuis évolué dans le bon sens, la recherche partenariale est désormais prise en compte : par exemple, un brevet est désormais considéré comme une publication de rang A. Mais la recherche partenariale est mesurée par le chiffre d’affaires réalisé, ce qui reste encore insuffisant. On ne dispose pas encore d’indicateurs suffisamment développés et codifiés pour évaluer la qualité d’une recherche partenariale.

En outre, les critères de l’AERES n’expliquent pas tout, il y a d’autres facteurs, plus culturels : nous sommes encore mal outillés pour mettre en valeur cette recherche. On devrait davantage se tourner vers les industriels, mieux les associer aux programmes de recherche, faire beaucoup plus de communication et de publicité sur nos réalisations et nos possibilités : les laboratoires sont capables de comprendre et de lever de nombreux verrous scientifiques et technologiques. Des efforts doivent également être accomplis pour tenter de parler le même langage que celui de l’entreprise, pour faciliter la compréhension et la connaissance mutuelle.

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