Le syndrome d’asperger, on en parle ?

T’es autiste ou quoi ?

Il est des mots qui crispent, dérangent, effraient. L’autisme et tout l’imaginaire qui lui est apposé fait partie de ces gros mots. Osons parler du syndrome d’Asperger et là, nous cristallisons les tensions, les appréhensions, les incompréhensions. « Ce mec, c’est un vrai autiste, toujours dans sa bulle », pouvons-nous entendre parfois. « Celle-là, elle est perchée, totalement à côté de la plaque ». « A lui, il ne faut rien lui demander, il ne se mélange pas de toute façon, toujours dans son coin ».

Parfois formulées sans méchanceté pour désigner des comportements atypiques ou peu conformes à la « norme », ces remarques s’avèrent bien souvent douloureuses pour ceux qui les reçoivent lorsque ces derniers sont effectivement autistes. Monnaie courante, ces remarques accentuent une singularité parfois mal vécue. On balance à tout va des « t’es autiste ou quoi ? » sans se préoccuper de la réalité que cet état désigne, ni des effets de telles paroles sur les personnes qui en font l’objet.

 

Le syndrome d’Asperger, de quoi parle-t-on ?

Commençons par clarifier un point : l’autisme est pluriel. Chaque personne autiste est unique et il existe autant de formes d’autisme que d’individus (enfant, adolescents ou adultes) qui en sont sujets. C’est pourquoi les experts parlent désormais de Troubles du Spectre Autistique (TSA). D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une personne sur 160 présenterait un TSA en 2017 (même si certaines études tendent à indiquer que cette estimation serait en-deçà de la réalité). Jusqu’à peu, le syndrome d’Asperger était considéré comme une forme d’autisme à part. Aujourd’hui, il figure parmi les TSA.

Continuons en précisant un second point : on ne souffre pas d’un TSA. On vit avec. Ainsi, une personne vivant avec un tel trouble présente un certain nombre de caractéristiques, qui, selon les contextes, peuvent être vécues comme des forces ou comme un handicap.

Concluons en brossant les spécificités en question. En outre, c’est essentiellement au niveau des interactions sociales et de leur habileté à communiquer que les personnes porteuses du syndrome d’Asperger éprouvent le plus de difficulté. Etablir et entretenir des rapports sociaux, supporter le bruit ou évoluer dans un environnement fortement exposé à de nombreuses stimulations (e.g. visuelles, olfactives, auditives) les met en situation d’inconfort et de vulnérabilité. L’isolement choisi – non subi (!) – est alors source d’apaisement. C’est pourquoi se ressourcer au calme leur est vital.

Plus rapidement fatigables que des personnes neurotypiques (i.e. personnes sans TSA), ces personnes sont à l’aise dans une certaine forme de routine. Les changements inopinés sont ainsi anxiogènes et donnent lieu à des contrariétés pouvant s’exprimer au travers d’accès de colère parfois spectaculaires et souvent incompris. Pour autant, ces personnes font montre d’une forte rigueur, d’une grande intelligence, d’un perfectionnisme et d’une mémoire remarquable. Leur regard différent sur le monde est source d’émerveillement et leur logique implacable force l’admiration. Fiables, ces personnes exécutent à la lettre ce qu’elles doivent accomplir pour peu que les directives leur soient clairement exprimées. Les essais-erreurs sont leur mode d’apprentissage pour évoluer dans une société inadaptée à leur mode de fonctionnement inné. Un mode de fonctionnement ni inférieur, ni supérieur. Juste différent. Et au total, c’est surtout leur difficulté à s’emparer des codes qui régissent notre société qui les place en situation de handicap.

 

Que pouvons-nous faire ?

Les TSA compromettent dans de trop nombreux cas la réussite scolaire des personnes qui en sont porteuses. En conséquence, leur insertion sur le marché de l’emploi n’en est que plus difficile ce qui les met en marge de la société. Ainsi, l’OMS nous alerte en soulignant que « dans le monde entier, les personnes atteintes de TSA sont souvent victimes de stigmatisation, de discrimination [et] n’ont pas suffisamment accès aux services et aux aides dont elles ont besoin ». Par conséquent, l’enjeu principal qui se profile touche au diagnostic des personnes porteuses de TSA en vue de leur parfaite inclusion au sein de nos établissements et à terme dans la société. Or, un nombre certain de jeunes adultes ignorent être porteurs de TSA et sont, à tort, identifiés comme dépressifs, bipolaires voire lunatiques. Le rôle des établissements de l’enseignement supérieur est donc central en la matière.

À notre niveau, il est loisible de donner à voir ce qu’est l’autisme et d’éveiller les consciences en sensibilisant à ses différentes formes. C’est pourquoi nous pouvons faire de ce mois d’avril un moment d’échange, de découverte et de réflexion, à l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis où le mois d’avril est tout entier consacré à l’autisme (National Autism Awareness Month). Le 2 avril prochain, se tiendra la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme et ce, pour la onzième année consécutive (la première édition s’étant tenue en 2008). Rien ne nous interdit d’organiser des manifestations au cours de ce mois d’avril afin de repousser les frontières de l’ignorance au sujet de l’autisme de haut niveau. Informons et formons-nous sur le sujet. Il le mérite et ces étudiant-e-s nous attendent aussi. Tout nous commande d’agir. Soyons donc au rendez-vous !

Sabrina Pérugien
Enseignante-Chercheure en management
Spécialiste de la diversité et de l’inclusion
Groupe ESC Clermont

Pour aller plus loin…

Bibliographie

  • Mademoiselle Caroline & Julie Dachez, 2016, La Différence Invisible, Paris : Delcourt.
  • Josef Schovanec & Caroline Glorion, 2015, Comprendre l’autisme pour les nuls, Paris : First.
  • Peter Vermeulen, 2013, Comprendre les personnes autistes de haut niveau, Paris : Dunod.

Webographie

 

À propos de Sabrina Pérugien

Sabrina Pérugien est docteur ès sciences de gestion spécialiste de l’égalité, des discriminations et de la diversité. Enseignante-chercheure en management, elle enseigne la GRH, le management inclusif, la non-discrimination et la prévention des risques psychosociaux au travail.

Auteur d’une thèse dirigée par Isabelle Barth soutenue à l’Université de Strasbourg, sa recherche doctorale porte sur la mise en œuvre d’une culture managériale de la diversité au sein d’une grande école. Chargée de mission diversité auprès de la direction générale de l’EM Strasbourg de 2009 à 2014, elle est recrutée par l’EDHEC en 2015 à l’issue de son doctorat. Elle participe entre autres au développement du MOOC « Les clés du leadership positif » développé par le CNAM, l’ESSEC et l’EDHEC en partenariat avec Passeport Avenir. En septembre dernier, elle rejoint le groupe ESC Clermont en tant que membre du corps professoral permanent.

 

À propos du Groupe ESC Clermont

 ESC Clermont Ecole Supérieure de Commerce depuis 1919, accréditée AACSB depuis 2005

Le Groupe ESC Clermont propose des programmes internationaux Bachelor, Masters, Exécutive dans les domaines du management/commerce/gestion, généralistes ou spécialisés. Forte d’un corps professoral permanent et d’un large réseau de professionnels, avec plus de 12 000 diplômés dans le monde, et dotée depuis 2014 d’un incubateur intramuros, l’École a pour objectif majeur d’accompagner ses étudiants vers une insertion et évolution professionnelle au meilleur niveau. Ses points forts : Programmes en doubles-diplômes/double compétence, alternance, entrepreneuriat, réseau.

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