Think Education : « Le mot “étudiant“ fige dans un statut, nous aurons affaire à des apprenants »

Avec l’aimable autorisation de Newstank

« Le mot ”étudiant” fige les gens dans un statut, nous aurons surtout affaire à des apprenants, c’est-à-dire des personnes qui attendront de l’enseignement supérieur, à différents âges de leur vie, une actualisation des connaissances et une certification de leurs compétences », déclare Simone Bonnafous, Igaenr, le 30/01/2018, lors de Think Education et Recherche organisé par News Tank à l’Université Paris Dauphine. Elle s’exprimait lors du débat intitulé « Où et comment former les étudiants du 21e siècle ? ».

Bruno Studer, député LREM de la 3e circonscription du Bas-Rhin et président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, estime que l’université doit rester le lieu de l’apprentissage au 21e siècle, mais celle-ci doit être « revalorisée ». Pour cela, il compte sur la réforme du premier cycle pour « que l’université ne soit plus un lieu d’échec ».

Par ailleurs, Jean-Marc Rapp, professeur honoraire et recteur émérite de l’Université de Lausanne, président du jury international des initiatives d’excellence, indique de l’un des facteurs de succès « est l’assurance-qualité, c’est-à-dire la maîtrise par l’établissement de ses cursus, de ses processus, de sa singularité ». Il plaide « pour l’abandon en France de l’examen de tous les programmes par une agence – quelle que soit sa qualité. Il est temps que l’on confie aux établissements français l’assurance qualité de leurs propres programmes. »

Participaient également à ce débat :
Sophie Pène, professeure à l’Université Paris Descartes et membre du CRI ;
Olivier Faron, administrateur général du Cnam ;
Frank Bournois, directeur général d’ESCP Europe et président de la commission formation de la CGE.

Innovations pédagogiques, lieux d’apprentissage, évaluation des formations et des programmes, mobilité européenne, telles sont quelques-unes des thématiques abordées lors de ce débat.

News Tank propose la synthèse de leurs échanges.

 

Portrait-robot des étudiants du 21e siècle

Des étudiants engagés qui deviennent des « apprenants »

Pour Olivier Faron, administrateur général du Cnam, l’insertion professionnelle, dont les universités sont chargées depuis la loi LRU de 2007, est devenue déterminante. Mais cette première dimension « doit trouver un équilibre avec le fait que certains étudiants peuvent avoir des projets très clairs, et d’autres se cherchent. Ces jeunes viennent aussi à l’université pour se former au-delà des connaissances académiques. Il y a un équilibre à trouver entre les deux. »

Sophie Pène, de son côté, trouve « les étudiants d’aujourd’hui assez différents de ceux d’il y a dix ans » qui étaient « un peu pessimistes et un peu vengeurs par rapport au monde qu’on leur a laissé » : « Les étudiants d’aujourd’hui sont engagés, actifs et plutôt positifs. Ils ont cette envie de faire des choses et d’agir à leur échelle. Ils ont conscience qu’ils sont en train de vivre une accélération technologique très puissante et ça fait un collapsus avec une faillite écologique notamment.

Ce sont des gens entreprenants, nomades et contraints de l’être, qui picorent les informations et se posent des questions sociales, scientifiques », estime-t-elle.

Frank Bournois partage la conception d’un étudiant plus « engagé » et « ancré dans la société » : « Selon une étude de la CGE publiée en janvier 2018, on note une orientation forte vers l’économie sociale et solidaire, que ce soit sous la forme d’engagements avec la création d’association humanitaire ou celle de l’orientation professionnelle », indique-t-il.

Il estime aussi que les étudiants « sont fortement tournés vers l’entrepreneuriat. Ils s’intéressent moins à la grande entreprise avec son modèle de management, sa hiérarchie classique et pyramidale. »

Cependant, il évoque une génération « snow flake », – flocon de neige, « soit une génération un peu surprotégée par les parents, unique et qui est moins résiliente. »

 

Des étudiants surinformés

Jean-Marc Rapp fait le constat qu’il est aujourd’hui facile pour les étudiants d’obtenir des informations, mais difficile de les trier. Aussi, cet accès immédiat à l’information « s’accompagne d’une impatience et d’une forme de zapping », ce qui nécessite un « réapprentissage de la patience ».

 

Nombre d’établissements par million d’étudiants

Jean-Marc Rapp propose une comparaison du nombre d’établissements par million d’étudiants en 2015 à l’échelle mondiale :

« Les Américains du Nord ont le choix entre 76 établissements par million d’étudiants, 41 établissements en Europe, neuf en Asie et six en Afrique. Même si les chiffres ont dû évoluer, on voit que les choix sont différents selon le continent.

Par ailleurs, le pourcentage d’une classe d’âge qui fait des études supérieures varie de 30 à 80 %. »

Les étudiants deviennent des « apprenants » 

Pour Simone Bonnafous, les étudiants du 21e siècle sont « quantitativement des Africains, des Chinois, des Indiens, des Philippins, etc. » Au-delà, elle considère que les étudiants ne seront « plus des étudiants au sens statutaire du terme ».

Elle les voit comme des « apprenants » qui seront « sans doute encore plus mobiles thématiquement, géographiquement, dans les intérêts et les attendus de métiers, etc. Ils passeront les frontières et il faudra que l’enseignement supérieur, quel qu’il soit s’adapte à cela. »

Ces apprenants seront « évidemment digitaux et ubiquitaires dans le sens où ils seront acteurs et déjà en partie sachant. L’enseignement du futur doit à la fois donner des compétences pour comprendre le monde et pour agir, mais on ne part pas d’une table rase. »

 

Formation, pédagogie : les tendances et les enjeux

Aider les étudiants à mieux réussir

Pour Bruno Studer, l’un des enjeux du 21e siècle consiste à « prévoir des étudiants qui veulent mieux s’insérer » et « des étudiants qui devront mieux réussir ».

« Si l’on ne veut pas d’une société qui explose entre des étudiants qui réussissent et ceux qui échouent, il faut faire en sorte que les étudiants réussissent mieux. C’est au sein de la commission que je préside que l’on a eu à préparer – dans une relative urgence – cette réforme de l’accès au premier cycle. Il faut que les étudiants réussissent pour s’épanouir, pour avoir un regard critique et engagé sur le monde qui les entoure », estime-t-il.

 

La réforme du premier cycle

Derrière la réforme du premier cycle, « il y a la question de l’orientation », estime Bruno Studer :

« La réforme de l’accès au 1er cycle est aussi la première pierre de la refonte du système scolaire et d’enseignement supérieur, qui doit toucher l’orientation. Il faut une meilleure orientation, qui prévoit le développement de passerelles et permet de sortir des cases ». 

Faciliter et valoriser l’alternance et l’apprentissage

Bruno Studer juge qu’il faut « faciliter l’alternance, mais aussi la liberté des étudiants en facilitant, par exemple, l’année de césure ».

Il regrette que le terme même d’apprentissage est « souvent dévalorisé ». Or, « on voit que ce modèle marche partout, y compris dans le supérieur. Quand je dis qu’il faut alterner professionnel et scolaire : c’est que le modèle fonctionne partout, même avant l’université : dans les filières telles que sport-études, par exemple ».

Interrogé sur l’avenir de l’apprentissage dans le supérieur à l’heure des négociations conduites par Muriel Pénicaud, ministre du Travail  : « C’est au politique de trancher et de prendre les bonnes décisions. Nous menons des concertations pour prendre des décisions éclairées. Après les réunions et après le travail de ceux qui sont les premiers concernés, ce sera au législateur, à l’Assemblée nationale de trancher. »

 

L’individualisation des parcours

Pour Jean-Marc Rapp, « un parcours individualisé et la réussite d’un parcours de formation et d’apprentissage sont naturellement l’objectif de tout le monde ».

Cependant il s’interroge sur la pertinence de l’individualisation combinée avec la massification :

« En France, il existe à la fois l’ambition de permettre à 80 % des jeunes d’atteindre le niveau du baccalauréat et de pouvoir entrer sans autre difficulté dans l’enseignement supérieur, et un taux d’échec important. On se demande comment individualiser un parcours dans une université qui connaît une telle massification » indique-t-il.

Il émet notamment des réserves en comparaison « à ce qu’il observe dans d’autres pays où le taux de bacheliers est plus faible, où les parcours sont plus diversifiés, où le mot apprentissage n’a pas de connotation négative ».

 

Jean-Marc Rapp considère ainsi que « beaucoup de pays ont choisi de diversifier l’offre d’enseignement entre enseignement universitaire, enseignement professionnalisant et enseignement purement professionnel. Les parcours sont pris en charge de façon différente par le système. »

Il émet également des doutes sur le fait que l’université puisse cultiver à la fois le volet professionnalisant et le volet scientifique ou académique. Selon lui, l’important pour les établissements est de « se situer dans l’environnement », ce qu’aident à faire les AAP du PIA :

« En tant que recteur de l’Université de Lausanne et ayant participé à des concours en Suisse, j’ai dû faire un inventaire des forces et faiblesses de mon établissement, et d’en tenir compte pour redéfinir une stratégie. C’est un exercice salutaire. On devrait se plier plus souvent à la comparaison raisonnée. »

 

Le service aux étudiants, la diversification des parcours

Pour Frank Bournois, il est clair que « la taille des écoles est largement inférieure à celle d’une université classique ». Aussi « en matière d’individualisation [les écoles ont] des marques importantes de cet effort d’expérience étudiante. Il y a la volonté réelle du service aux étudiants. L’étudiant est au cœur et les parcours se construisent autour de tout cela. »

Il considère néanmoins que le numérique va « permettre des parcours plus individualisés, à la demande et plus volatils dans le temps. Prendre, reprendre et interrompre les études sera possible et cette démarche pourra se faire dans une dimension collaborative ».

Selon lui, « on n’apprend pas seul par le numérique, mais la connexion avec d’autres enrichit le parcours. »

« La valeur ajoutée de demain, c’est d’apporter un service individualisé, avec un enrichissement. L’autre valeur ajoutée c’est la transdisciplinarité : nous aurons des étudiants qui iront de la santé au droit en passant par la gestion. Ces parcours seront extrêmement riches et permettront à nos établissements de se transformer parce qu’il n’y aura plus de silos. »

 

Sortir du tout académique, mieux intégrer les bacheliers professionnels et technologiques

« Ce qu’il faudra essayer, c’est de sortir du tout académique », estime Olivier Faron, qui se dit convaincu que les établissements peuvent individualiser les parcours de leurs apprenants.

Olivier Faron, qui pilotait le groupe de travail sur la diversité des publics accueillis à l’université lors de la concertation sociale sur la réforme du premier cycle, il convient de mieux intégrer les bacheliers professionnels et technologiques. Ceux-ci « n’ont pas de “voie royale” alors que les autres, notamment les bacheliers -S en ont ».

« Nous devons nous interroger sur la façon dont on reconnaît les potentialités des jeunes, et raisonner désormais en matière de compétences. C’est contradictoire de vouloir une espèce d’architecture de diplôme alors que ce seront des compétences qui permettront de construire le rapport au monde professionnel », indique-t-il.

«  Il nous manque plus de fluidité, de passerelles, de parcours croisés  »

Il invite a la réalisation de benchmarks avec les modèles étrangers : « Le modèle scandinave montre que les voies de formation initiale sont totalement enchevêtrées avec les voies professionnelles. Toute cette porosité entre les systèmes est à inventer. Il nous manque plus de fluidité, de passerelles, de parcours croisés. Il faut qu’on reconnaisse comme lieux apprenants, d’autres lieux, comme l’entreprise qui est un lieu où l’on peut apprendre, mais à nous de construire une vraie proximité avec celle-ci. »

Au-delà de la révolution du numérique, Olivier Faron estime que la « vraie révolution » est dans l’innovation pédagogique. Il considère aussi que l’hybride fonctionne le mieux :

« Ce n’est plus le simple présentiel ni le numérique seul, mais un modèle où on construit des innovations dans la façon de transmettre les connaissances. Nous devons véritablement repenser l’ensemble de la chaîne, et la mise en place de Parcoursup est une occasion importante.

Comment est-on capable de dégager les potentialités ? Et avoir le courage de dire qu’un certain nombre d’étudiants ont vocation à commencer des périodes de formation initiale relativement courtes, à travailler et à revenir dans les lieux de formation. »

 

Les espaces d’apprentissage en question

Où former les étudiants du 21e siècle ? Pour Bruno Studer, c’est à l’université qu’ils doivent être formés. Mais une université qui doit être « revalorisée » par la réforme du premier cycle : « C’est en la revalorisant que l’on attirera des étudiants qui, sans cela, iront en DUT et BTS par un dévoiement. L’université n’est pas vue aujourd’hui par beaucoup d’étudiants comme un lieu de réussite et d’excellence, pourtant, une partie de la réponse à la question ”où ?” se trouve à l’université, petite ou grande, il suffit de trouver les articulations et les bons cheminements ».

Le but de la réforme portée par Frédérique Vidal, c’est « que l’université ne soit plus le lieu de l’échec, comme c’était le cas pour 90 % des bacs pros. Et cela, c’était le scandale qu’il fallait absolument traiter, de même que le scandale du tirage au sort. »

 

 

Inventer de nouveaux lieux d’apprentissage

Sophie Pène revient sur les lieux d’apprentissage et estime qu’aujourd’hui les étudiants habitent ces lieux, l’université : « Les étudiants construisent leur parcours par leur ressenti. Ils ne viendront pas écouter des cours, mais vivre là, discuter là, transformer des connaissances et des compétences acquises ailleurs. Les cours deviendront des ateliers de discussion. Les lieux universitaires doivent devenir des lieux d’accueil et de défi pour les étudiants. »

« L’expérience étudiante devient majeure. L’individualisation des parcours aussi. Il faut construire des clubs, des incubateurs, des événements (hackathon, bootcamp, etc.) qui permettent de rompre les routines. »

 

Bologne, l’espace où former les étudiants

Pour Simone Bonnafous, le processus de Bologne peut répondre à la question « où former les étudiants du 21e siècle ? » : « Les grands enjeux de la formation du 21e siècle ne sont pas propres à l’Europe : enjeux démographiques et sociétaux – vieillissement en Europe et question de la formation des étudiants africains francophones -, enjeux climatiques, enjeux technologiques.

Est-ce que nous considérons que cet espace européen est l’un des espaces de résolution de ces grands problèmes mondiaux ? Est-ce que c’est l’un des lieux du monde où l’on peut répondre aux grands enjeux de la formation – une formation que chacun aura à renouveler, avec la formation continue et la FTLV, y compris pour les travailleurs immigrés que l’Europe devra accueillir pour garder sa compétitivité ? », s’interroge-t-elle.

Pour elle, la question qui se pose est celle de la qualité des formations et de l’attractivité de l’Europe. « Aura-t-on envie de venir se former dans notre espace européen ? »

Elle s’interroge sur la possibilité pour un étudiant africain d’être accueilli « dans un espace où il y aura une carte unique d’étudiant et la reconnaissance des diplômes entre pays européens, de façon automatique, car il n’y pas toujours besoin d’inventer de nouvelles choses et que ce n’est pas nécessaire de créer un “diplôme européen“ ».

Simone Bonnafous estime qu’il faut aussi monter « le système qualité et que les étudiants participent à l’évaluation » :

« Il faut que l’on ait envie de venir étudier en Europe. Et il ne s’agit pas seulement de la mobilité géographique, mais aussi de donner nos meilleurs cours : il faut que la France s’insère dans les systèmes d’open education. Par ailleurs, pour les jeunes européens, la mobilité en Europe est un pied à l’étrier vers la mobilité internationale ailleurs dans le monde. Les deux ne s’opposent pas. »

Simone Bonnafous met néanmoins en garde contre le risque « d’uberisation » : « Nous devons penser, en Europe, que nous sommes ensemble dans la compétition internationale et que nous sommes plus fort ensemble. »

Bruno Studer souhaite également encourager la mobilité étudiante : « Avec Bologne, il y a un engagement pour les étudiants. Ils doivent aller davantage à l’étranger, certes pour bien s’insérer, mais surtout pour faire l’expérience du sensible et faire la rencontre de l’autre et pour construire la citoyenneté européenne : en prenant conscience, par exemple, que l’allemand n’est pas une langue étrangère, mais la langue de nos concitoyens. »

 

Comment l’innovation pédagogique peut-elle se diffuser ?

«  Sur 500 participants, il n’y avait qu’un Français  »

Jean Marc Rapp porte « un regard très positif sur les innovations pédagogiques en France, compte tenu du nombre d’innovations qui foisonnent dans les universités et dans les écoles », mais considère que « la situation pourrait être encore meilleure si les établissements français regardaient plus souvent ailleurs. »

Il cite une étude de l’EUA – « 12 principes européens pour l’amélioration de l’apprentissage de l’enseignement » – et remarque que « les collègues français sont assez souvent absents de ce genre d’initiative européenne qui permet d’enrichir la discussion avec des collègues d’autres pays ».

Il note aussi l’absence de Français lors du forum annuel de l’ENQA, à Riga (Lettonie), en novembre 2017 : « Sur 500 participants, il n’y avait qu’un Français. Je plaide pour une France qui a des choses à dire et des choses à entendre ».

 

Des avancées en matière d’innovation pédagogique 

Simone Bonnafous rappelle qu’en 2012, lorsqu’elle est devenue Dgesip, « nous étions loin de valoriser la pédagogie de cette façon ».

Depuis, les prix Peps ont été lancés et « une révolution idéologique autour de la pédagogie dans le supérieur s’est opérée. Il est enfin admis qu’on ne peut pas enseigner comme avant ».

Elle estime que le réseau d’universités européennes voulues par Emmanuel Macron va dans ce sens :

« L’innovation doit être entre plusieurs pays, avec des établissements qui se ressemblent et souhaitent faire ensemble des choses ».

 

Innovation pédagogique des personnels

Concernant l’investissement pédagogique, Olivier Faron pose comme question centrale depuis les Idefi : « Comment intègre-t-on l’investissement pédagogique des personnels ? Quelle reconnaissance ? Comment on évalue l’innovation pédagogique dans la carrière des collègues ? »

Il estime que « pour avancer et dédramatiser cette question, on pourrait faire un benchmark et une analyse de ce qui se fait à l’international. Ici, la bonne reconnaissance de l’innovation pédagogique et, surtout, son impact sur le fonctionnement des établissements et sur les carrières des collègues sont des sujets en partie tabous ».

« Tant que nous n’aurons pas fait cette révolution culturelle, nous aurons du mal à le faire passer dans les mœurs, avec plus de fluidité, plus de simplification et plus de confiance dans les acteurs. Nous sommes dans un système où tout est contrôlé, où les acteurs sont sur des rails alors qu’il y a plein de ressources. »

 

L’assurance qualité des formations

Jean-Marc Rapp considère qu’un des facteurs de succès de toutes ces expériences pédagogiques « est l’assurance-qualité, c’est-à-dire la maîtrise par l’établissement de ses cursus, de ses processus, de sa singularité ».

Il plaide « pour l’abandon en France de l’examen de tous les programmes par une agence – quelle que soit sa qualité. Il est temps que les établissements français soient responsabilisés et qu’on leur confie l’assurance qualité de leurs propres programmes. »

« Si l’établissement consultait ses étudiants ou, mieux ses anciens étudiants, cela lui permettrait de se réapproprier la qualité de ses programmes, de remotiver, de diminuer l’aspect bureaucratique de l’exercice et de remettre l’étudiant au centre. Cela implique une décision stratégique de l’établissement de mettre en place son système d’assurance qualité et une décision stratégique de l’État : celle de faire confiance », estime-t-il.

« Il est clair qu’on est un peu écrasés par les contrôles. Parfois, on est à peu près sûrs que, le temps de créer un diplôme, le besoin d’emploi sera parti. Ces contrôles ont des conséquences sur le fonctionnement des établissements, en partie mobilisés par ces questions, et avec des marges de manœuvre assez faibles », indique Olivier Faron.

 

L’assurance qualité compatible avec les agences d’évaluation

Concernant la question de l’assurance-qualité, Simone Bonnafous estime que « la circulation des étudiants et la reconnaissance automatique des diplômes permettent aussi d’augmenter la qualité » :

« Il faut une confiance dans l’assurance qualité et elle n’est pas incompatible avec les agences d’évaluation. Mais ces agences évaluent-elles le système d’assurance qualité que les établissements d’enseignement supérieur mettent en place ou la qualité des établissements ? »

 

L’enseignement supérieur à l’horizon 2030

Frank Bournois indique que la CGE a lancé une réflexion sur ce que sera l’enseignement supérieur à l’horizon 2030 :

« Comment former ? Qu’est-ce qui va être changé dans la façon de faire ? Parmi les grands thèmes que nous abordons, il y a toutes les implications que cela aura pour l‘étudiant, la pédagogie, le numérique et pour la gestion même des établissements », annonce-t-il.

Il estime que cette vision remet « fondamentalement en cause la question de l’évaluation, à tous les niveaux », mais aussi « les standards, comme celui de l’heure de cours par exemple » : « Qu’est-ce que cela veut dire que l’heure de cours au 21e siècle, quand il y a une absorption importante d’ingénierie pédagogique ? »

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