A-L. Wack : égalité femmes/hommes dans la science : « le moment ou jamais pour changer la donne » - CGE

A-L. Wack : égalité femmes/hommes dans la science : « le moment ou jamais pour changer la donne »

Avec l’aimable autorisation de Newstank

« Nous sommes actuellement dans une période où le contexte a changé, la parole s’est libérée, l’égalité femmes/hommes est une grande cause du quinquennat : c’est le moment ou jamais de donner de grande impulsion pour changer la donne », déclare Anne-Lucie Wack, présidente de la Conférence des grandes écoles et directrice générale de Montpellier SupAgro.

Elle s’exprime dans le cadre d’une réunion sur les femmes et les sciences organisée par la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes de l’Assemblée nationale et l’Opecst, le 28/06/2018.

Elle évoque quatre pistes pour améliorer la place des femmes dans le secteur scientifique :

  • mieux comprendre les ressorts de cette inégalité femmes/hommes « en poursuivant les études sur ce problème multifactoriel » ;
  • promouvoir l’attractivité des secteurs scientifiques « en croisant la force agissante des associations avec le pouvoir financier des entreprises, l’impulsion politique et le relai dans la société » ;
  • sensibiliser à l’égalité femmes/hommes « en abordant les choses de manière beaucoup plus colossale et systémique » ;
  • et enfin mettre en avant des modèles de rôles « réalistes et accessibles, pas que des prix Nobel pour que les femmes puissent se projeter ».

 

Anne-Lucie Wack se considère, avec les autres femmes à haute responsabilité scientifique auditionnées le même jour, comme des « exceptions consolantes, des objets bizarres ». « Pourquoi est-on encore en 2018 dans cette situation-là ? Les bras nous en tombent ! », lance-t-elle à l’adresse des parlementaires.

Et de décrire son expérience personnelle : « Je suis directrice générale d’une grande école d’enseignement supérieur agronomique, j’ai été la première femme dans ses fonctions depuis que l’école existe, et je suis la seule femme directrice générale d’un établissement d’enseignement supérieur agronomique alors que ce secteur est extrêmement féminisé, avec plus de 60 % de femmes dans les écoles d’agronomie depuis plusieurs dizaines d’années ».

« J’ai également été la première femme élue à la présidence de la CGE », une association qui regroupe 220 grandes écoles françaises « dans un système marqué également par un leadership masculin puisque seules 15 % des grandes écoles sont dirigées par des femmes ». Et d’ajouter : « les chiffres sont accablants ».

 

News Tank reproduit des extraits de son discours.

Un différentiel femmes/hommes qui s’aggrave au cours de la carrière

« A la CGE, nous avons beaucoup développé les observatoires, les mesures : nous avons une enquête sur l’insertion professionnelle dans laquelle on mesure le delta femmes/hommes. La semaine dernière, nous avons dévoilé les résultats de la 26e édition », déclare Anne-Lucie Wack devant les parlementaires.

« On montre que même si le diplôme bac +5, notamment le diplôme grande école, protège contre le différentiel femmes/hommes, on est toujours sur un différentiel qui subsiste en défaveur des femmes :

  • sur la rapidité d’insertion ;
  • sur le niveau d’insertion ;
  • sur le statut cadre ;
  • sur le CDI ;
  • et sur le niveau des rémunérations ;

et que ce différentiel s’aggrave au cours de la carrière. »

 

Pas plus de recrutées dans les milieux peu féminisés

« On n’a que 30 % de femmes diplômées en écoles d’ingénieurs : on pourrait imaginer que les entreprises se précipitent pour les embaucher, ou qu’au moins elles les rémunèrent où les embauchent au même niveau… Et bien non : on a aussi ce différentiel dans des secteurs où on a seulement 30 % de femmes !

Il est donc important de continuer à mesurer (…) pour comprendre les déterminants de ce qui se passe, pourquoi on en est là selon les secteurs. »

« On n’a pas toutes les données, on ne comprend pas encore assez bien ce problème qui est multifactoriel :

  • stratégie d’évitement ;
  • attractivité ;
  • schémas sociaux ;
  • schémas de pensée ;
  • stéréotypes de genre ;
  • société inégalitaire, etc. »

 

Sensibilisation : « très en deçà des enjeux »

« Sur la sensibilisation à l’égalité femmes-hommes et la déconstruction des stéréotypes, pour nous, grandes écoles, nous savons qu’agir sur des diplômés bac +5 qui se retrouvent en situation de leadership demain est extrêmement important.

Nous faisons beaucoup de choses : formations, concours de ‘chasseurs de stéréotypes’… mais on est très en deçà des enjeux.  Il faut vraiment se donner beaucoup plus de moyens et aborder les choses de manière beaucoup plus colossale et systémique pour réellement changer la donne.

La difficulté étant que les stéréotypes et les schémas mentaux se mettent en place très en amont de la chaîne éducative, dès la maternelle voire dès le préscolaire… et surtout dans une société fondamentalement inégalitaire. »

 

Passage maître de conférences à PR : attendre au moins 2068 pour la parité

« Si on laisse évoluer les choses comme on l’a fait les dernières années, on avait montré que pour le passage de maître de conférences à professeur des université, on obtiendrait la parité en 2068. Et si on prend d’autres indicateurs, c’est la parité en 3028 ou 3078 ! ».

« Si on met des cadres contraignants, des voix s’élèvent pour dire “c’est injuste“. Mais qu’est-ce qui est injuste : de laisser la situation telle qu’elle perdurer, ou de prendre des petits détours que la morale réprouve pour arriver à un but plus juste ? ».

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