Défis climatiques : le numérique, une réponse à surveiller ?

Le numérique peut offrir des réponses concrètes aux enjeux climatiques que nous rencontrons, mais son utilisation doit rester mesurée et intelligente. Cela n’est possible qu’avec des personnes formées à comprendre et à appréhender les importants atouts de cette solution mais aussi ses limites.

Convaincre, inciter, former : pédagogie à tous les étages
Le schéma utilisé aujourd’hui pour appréhender les défis climatiques semble suivre trois étapes.
Convaincre, en utilisant la science, les modèles mathématiques, l’analyse massive de données… Convaincre les populations et les dirigeants que nous sommes face à de réels défis climatiques.
Inciter, en utilisant des méthodes de marketing, de communication engageante, des leviers financiers… Inciter les populations et les dirigeants à prendre des décisions apparemment constructives pour faire face à cette situation.
Former, en réalisant des ateliers, des fiches pratiques, des jeux éducatifs… Former les populations et les dirigeants en leur apprenant des gestes basiques et en favorisant leur appropriation de concepts essentiels pour affronter ces challenges.

Malheureusement, l’étape “convaincre” semble souffrir de résultats fluctuants et un nombre important de personnes deviennent sceptiques quant à la réalité des défis climatiques ou aux solutions possibles. Le désintérêt croissant des populations et donc des dirigeants (ou l’inverse), peut être plus préoccupés par le contexte économique actuel, laisse en effet place à des détracteurs attaquant notamment l’aspect « scientifique » qui apparaît parfois comme un argument d’autorité utilisé à mauvais escient.

Le numérique, une approche concrète
Des personnes ne croient pas assez aux défis qui nous font face ? On ne peut pas s’appuyer avec certitude sur leur engagement ? Une réponse qui semble se dessiner est d’utiliser des méthodes numériques pour automatiser nos réponses et maîtriser précisément les enjeux de ces challenges.

Automatiser les villes, les maisons, les usines…
En développant des systèmes “intelligents” dans nos espaces de vie et de travail, l’idée est d’automatiser des processus afin de garantir une optimisation de la consommation et donc de la production. Ceci se fait essentiellement grâce à des outils numériques et l’usage de grandes quantités de données (Big Data) afin de prendre des décisions automatiques pour garantir un niveau de service optimal sans gaspillage.

Des solutions nécessairement diverses
La nature ne semble pas aimer l’uniformité, elle favorise la diversité et les échanges complexes, inspirons-nous en : pour ces systèmes numériques intelligents, il faut se concentrer sur des protocoles d’échanges clairs et ouverts, laissant à chacun la possibilité de développer sa propre technologie mais s’appuyant sur l’interopérabilité avec l’ensemble de l’environnement. Comme pour la nature, cela augmente la résistance aux défauts, aux pannes et aux attaques.

Des limites à comprendre et à intégrer
Si le numérique est une solution intéressante pour répondre aux défis climatiques, il ne faut pas oublier que rien n’est gratuit. La technologie consomme, génère des déchets, nécessite de la maintenance et de la supervision. Utiliser un ensemble d’objets connectés reliés à des serveurs d’analyses doit évidemment permettre d’économiser plus de ressources que ce nouveau système n’en consomme.

Former, inciter, convaincre : se replacer au centre de la solution avec le numérique
L’automatisation semble être une solution techniquement viable mais nous savons qu’aucun changement n’est possible sans réel engagement de la population. Et il semble en fait bien pessimiste de penser qu’une réelle et profonde prise de conscience n’est pas en marche.

Que dire des mouvements tels que les “makers” avec les FabLabs, les “AMAP”, les réseaux sociaux de proximité pour échanger des services ou des biens, des voitures, des logements ? Toutes ces approches s’appuient sur le numérique pour créer du lien et mettre les personnes en relation afin d’inventer un nouveau mode d’échange et de partage décorrélés des habitudes de consommation classiques.

Alors tout serait déjà sur la bonne voie grâce au numérique ? Oui. Et non.
On a parfois tendance à penser que les générations actuelles, celles “nées avec le numérique”, ont une compréhension innée des technologies. Ce serait une grave erreur de confondre utilisation et compréhension. Nous avons besoin de personnes qui ont une réelle maîtrise des enjeux de ces technologies, de leurs limites et de leurs possibilités. Le numérique pourra être une réelle solution, notamment pour les défis climatiques, si nous formons massivement les nouvelles générations à ne pas simplement utiliser mais réellement à comprendre cette discipline et que nous leurs donnons les outils et les connaissances nécessaires à son utilisation raisonnée et mesurée.
Bien formés, ils feront le reste : inciter et convaincre les autres.

 

 

Pierre Courbin
Enseignant-chercheur
Responsable du département Nouvelles Energies

ESILV

A propos de Pierre Courbin

Enseignant Chercheur ECE Paris, Pierre Courbin est Responsable du département d’enseignement et de recherche « Nouvelles Énergies » à l’ ESILV, Paris-La Defense.

Publications :
IGI’2010 Laurent George et Pierre Courbin. « IGI Global ». In : sous la direction de Mohamed Khalgui et Hans-Michael Hanisch. IGI Global, 2011. Chapitre Reconfiguration
of Uniprocessor Sporadic Real-Time Systems : The Sensitivity Approach, pages 167–189. isbn : 978-159904-988-5. doi : 10.4018/978-1-60960-086-0.ch007
Refereed Journal Papers
TS’2010 Antoine Pédron, Florence Laguzet, Tarik Saidani, Pierre Courbin, Lionel Lacassagne et Michelle Gouiffès. « Parallélisation d’operateurs de TI :
multi-coeurs, Cell ou GPU? » In : Traitement du Signal 17.2 (2010), pages 161–187. doi : 10.3166/ts.27.161-187
JSA’2011 Laurent George, Pierre Courbin et Yves Sorel. « Job vs. portioned partitioning for the earliest deadline first semi-partitioned scheduling ». In : Journal
of Systems Architecture 57.5 (2011), pages 518–535. issn : 1383-7621. doi : 10.1016/j.sysarc.2011.02.008
RTS’2012 Pierre Courbin, Irina Lupu et Joël Goossens. « Scheduling of hard real-time multi-phase multi-thread (MPMT) periodic tasks ». In : Real-Time Systems 49.2  (2013), pages 239–266. issn : 0922-6443. doi : 10.1007/s11241-012-9173-x

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