D. Guibard : « Il y a un vrai risque pour la filière de l’apprentissage »

Avec l’aimable autorisation de News Tank

Il est évident que si le coût contrat et l’ensemble de la prise en charge ne permettent plus aux écoles d’être à l’équilibre, cela va poser des questions économiques de fond, surtout pour celles ayant beaucoup d’apprentis », indique Denis Guibard, directeur général d’IMT-BS et référent de la Conférence des grandes écoles pour les échanges avec France compétences, à News Tank, le 14/05/2019.

« Certaines écoles seront dans l’obligation d’arrêter complètement l’apprentissage ou de réduire drastiquement le nombre d’apprentis formés. Il y a un vrai risque pour cette filière, pourtant en plein développement », ajoute-t-il.

La désignation du directeur d’IMT-BS en tant que référent sur ce sujet s’inscrit dans un travail de rapprochement « important » de la CGE avec France compétences. « Nous devons travailler ensemble », indiquait Alice Guilhon, présidente du chapitre des écoles de management, le 21/03/2019, une semaine après les premières recommandations de France compétences sur les niveaux de prise en charge des contrats d’apprentissage. Au total, 98 % de ces recommandations ont été suivies par les branches, a annoncé l’organisme public le 26/04.

Une des premières missions de la CGE a été de « mener un travail de compréhension du processus » mis en place par France compétences. L’ensemble des membres ont ensuite analysé leurs propres formations.

« Nous avons donc pu faire une typologie des diverses remarques et interrogations de chacun, transmise à France compétences », ajoute Denis Guibard. « De son côté, France compétences nous a présenté la méthodologie, l’ensemble des valeurs convergentes transmises par les branches, ainsi que les recommandations. »

 

Selon lui, les principaux sujets restant en discussion sont :

  • « Ce qui relève éventuellement d’anomalies ou de difficultés dans la mise en œuvre de la méthodologie, et qui nécessite des explications.
  • Ce qui relève de points structurels, comme la différence entre le niveau de prise en charge recommandé et le coût réel pour des formations équivalentes, notamment pour le PGE des grandes écoles de management. En effet, IMT-BS détient le niveau toléré le plus bas, à 6 379 €, et l’Edhec le plus haut, à 17 140 €, ce qui correspond à un rapport de 2,7 ».

Denis Guibard ajoute qu’« en plus des divergences des coûts entre formations, il y a également des différences au niveau du territoire ». Alice Guilhon, présidente du chapitre des écoles de management de la CGE, demandait « une forme d’équité entre écoles ».

 

Les différences de prise en charge

Alors que des différences de prise en charge existent entre formations équivalentes, comme c’est le cas entre le PGE de l’Edhec et celui d’IMT-BS, il en existe également entre écoles d’un même territoire, comme Montpellier Business School et TBS :

« Nous pouvons éventuellement considérer que l’Edhec et IMT-BS ne sont pas directement en concurrence, contrairement à MBS et TBS, mais cela ne justifie pas de telles différences », estime Denis Guibard.

Selon lui, ces différences de coût s’expliquent par le fait que « certaines branches ont remonté une valeur pour une formation donnée, alors que celles-ci n’emploient aucun apprenti de ce cursus. Cependant, cette valeur va compter dans l’analyse statistique pour ledit diplôme. Pour les branches qui n’ont pas communiqué de valeurs, celles-ci se verront imposer la valeur pivot de France compétences et devront trancher ».

Denis Guibard ajoute que France compétences « s’est contenté d’entériner la statistique des valeurs proposées par les branches, pour une formation donnée, en éliminant ce qu’ils appellent les “valeurs aberrantes”, car jugées trop éloignées de la moyenne ».

« Il s’avère qu’un certain nombre de branches ont remonté un coût supérieur et que la mécanique statistique fait que ce sont ces valeurs qui pèsent sur la définition de la valeur de référence », ajoute-t-il.

 

22 756 valeurs ont été remontées par les branches

France compétences publiait, le 28/03/2019, ses recommandations sur les niveaux de prise en charge des contrats d’apprentissage, ainsi que l’ensemble des valeurs remontées par les branches professionnelles et qu’elle a jugées conformes ou convergentes.

Les 22 756 valeurs remontées par les branches, correspondant à 3 370 certifications, ont ainsi été publiées dont :

  • 6 729 font l’objet de recommandations (29,7 % des valeurs transmises)
  • 16 027 valeurs conformes ne font pas l’objet de recommandations (70,3 % des valeurs transmises)

 

Les autres préoccupations des écoles de la Conférence des grandes écoles

Pour Denis Guibard, les autres inquiétudes relevées par les écoles sont liées :

  • « aux erreurs potentielles de valeurs, qui ne seraient pas cohérentes avec la méthodologie ;
  • à la prise en compte des données qui correspondent à 2017 et non pas 2018 ;
  • à certaines formations qui n’apparaissent pas du tout dans la liste de France compétences ;
  • à l’absence de pondérations du nombre d’apprentis entre les différentes branches ».
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