J. Lang : « La course au toujours plus grand n’est pas forcément gage de réussite »

Heureuse initiative de la CGE d’interroger les anciens ministres de l’enseignement supérieur ! Ayant exercé cette mission à deux reprises et étant moi-même professeur de droit,  je propose 8 grands chantiers.

  1. La mondialisation. Aucun pays ne peut faire abstraction de cette réalité. S’il ne s’agit pas de faire bêtement la course au classement de Shanghai, force est de constater que l’enseignement supérieur est un devenu un marché mondial et que les meilleurs étudiants se moquent des frontières. Pour ne pas perdre cette élite, rendons nos établissements attractifs, notamment en renforçant les coopérations entre les universités et les GE.
  2. La démocratisation. Un double défi s’impose à nous. Permettre à tous les bacheliers qui s’inscrivent dans l’enseignement supérieur d’y réussir et diversifier l’offre de parcours afin que le niveau licence offre de vrais débouchés car tous les étudiants n’obtiendront pas un master ou un doctorat. La VAE doit être davantage promue et être liée à l’enjeu de la formation continue pour accompagner les mutations du monde du travail.
  3. La reconnaissance du doctorat. L’ENA a ouvert une voie d’accès réservée aux docteurs. Derrière cette mesure symbolique et courageuse, se joue la lisibilité du grade le plus élevé de l’enseignement supérieur. Dans notre pays, contrairement à beaucoup d’autres les docteurs sont majoritairement cantonnés à la recherche académique alors que leurs capacités d’inventivité intellectuelle et de force de travail pourraient être utiles à tout type d’organisation.
  4. Un grand ministère de l’intelligence et du savoir. Séparer l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche est une erreur. J’ai eu la chance comme ministre d’exercer la responsabilité de ces deux départements et j’ai pu constater l’intérêt de les faire travailler main dans la main, que ce soit par exemple pour la réussite des études post-bacs ou la formation des enseignants du primaire et du secondaire.
  5. La priorité des priorités budgétaires. Je sais trop bien par expérience que les combats budgétaires ne sont jamais gagnés par avance même quand il s’agit de l’avenir de nos enfants et du pays. La compétition mondiale est une compétition de la matière grise et l’enseignement supérieur doit être érigé en grande cause nationale. Le soutien direct du premier ministre et du président de la république est une nécessité absolue.
  6. L’exercice du métier d’enseignant chercheur. Devenir aujourd’hui maitre de conférences relève du parcours du combattant. De plus, de nombreux enseignants se plaignent à juste titre de la multiplication des tâches administratives. Il faut impérativement que les fonctions d’enseignement soient davantage valorisées et que l’évaluation des enseignements soit une réalité pédagogique.
  7. Développer les arts et la culture. Fidèle au plan pour les arts et la culture que j’avais mis en place en 2001, je crois indispensable de relancer quatre grandes orientations. Adapter les formations aux évolutions culturelles et aux attentes des étudiants. Affirmer la dimension professionnelle dans les formations artistiques. Développer les échanges et la coopération en matière de recherche. Renforcer la vie culturelle et artistique dans tous les établissements.
  8. Assurer un véritable maillage territorial. La course au toujours plus grand n’est pas forcément gage de réussite. De la même manière, rien n’impose que les métropoles captent l’ensemble des formations. En Italie à Urbino, En Allemagne à Heidelberg ou en Angleterre à Oxford de prestigieuses universités sont implantées dans des villes moyennes. Depuis les années 80, les collectivités territoriales ont fait de gros efforts financiers en faveur de l’enseignement supérieur. Il faut reconnaitre la réalité de cet ancrage territorial qui participe aussi de la démocratisation de l’enseignement supérieur.

 

Jack Lang,
ministre de l’éducation nationale de 1992 à 1993 et de 2000 à 2002

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