M. Drissi « Pour un nouveau contrat social en matière de recherche et d’innovation, faisons système » 

Le gouvernement présentera son projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) au Parlement, début 2020, pour une entrée en application début 2021. Ce projet de loi vise à donner un cadre stable et une nouvelle dynamique à notre recherche scientifique.

La CGE a largement participé à la consultation nationale, organisée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ainsi qu’aux auditions des trois groupes de travail sur la LPPR.

A quelques jours du débat parlementaire, la CGE plaide pour une politique ambitieuse, capable de renforcer les capacités de la recherche de notre pays, à la hauteur des enjeux des transitions sociétales de la décennie.

 

I – Garantir des ressources stables pour la recherche :

La CGE partage le constat d’un décrochage national inquiétant en termes d’investissements dans la recherche, par rapport à la moyenne de l’OCDE, à des pays comparables comme l’Allemagne, mais également par rapport à des puissances émergentes, comme la Chine et l’Inde.

Aussi, la CGE se réjouit-elle de l’effort financier important qui va être accompli et de l’ambition affichée de réaliser la promesse d’amener l’investissement dans la recherche à 3 % du PIB.

La CGE appuie également toutes les mesures qui permettent de donner aux laboratoires et aux chercheurs les moyens de travailler dans la durée. Il faut des investissements significatifs et une augmentation des crédits de base à la hauteur de l’ambition, avec une visibilité pluriannuelle : la stabilité de ces ressources est une condition impérieuse pour permettre une recherche ambitieuse.

 

II – Garantir l’attractivité des emplois et des carrières scientifiques

La CGE est favorable à toute mesure qui améliore les conditions d’entrée et d’évolution dans les carrières scientifiques (actuellement peu attractives par rapport au contexte international : en France, le salaire d’entrée se situe à environ 63 % du salaire des pays de l’OCDE). Elles ne permettent pas d’attirer des talents internationaux, d’enrayer une fuite des cerveaux ou de faire naître des vocations dans ce secteur stratégique de l’économie de demain.

Revaloriser des salaires peu attractifs est essentiel. Il s’agit également de donner aux chercheurs et aux enseignants-chercheurs la liberté de se consacrer davantage à leurs activités de recherche (obérées par l’accumulation chronophage de tâches administratives et diverses). Cela peut notamment s’opérer par l’embauche de personnels dédiés aux activités de montage, de valorisation et de transfert (pour la réponse aux appels d’offre, le lien avec les entreprises… à l’instar de certains pays européens).

Il faut également encourager les initiatives transdisciplinaires et les valoriser. Car les enjeux des transitions sociétales sont transversaux et nous invitent à casser les silos disciplinaires.

 

III – Pour une recherche partenariale et une innovation au service de la société et des territoires 

Cette loi de programmation doit permettre une meilleure relation de confiance entre l’État, les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche, les entreprises, la société et les territoires.

 

La CGE soutient la priorité exprimée de faire en sorte que la recherche, la formation et l’innovation soient des questions plus présentes et visibles dans la société. Un besoin de science et de sens existe à tous les niveaux du dialogue et des échanges (contre les fake news, par exemple).

Les Objectifs du Développement Durable de l’ONU (ODD) doivent être au cœur de notre stratégie de recherche et d’innovation : ils montrent clairement l’utilité de la recherche et de l’innovation et leurs réponses aux défis sociétaux qui se posent. Ils permettent de modifier les conditions de bien-être de nos concitoyens et constituent un objectif commun fédérateur.

Pour irriguer les territoires et multiplier les retombées en termes de richesse et d’emplois, les passerelles entre le public et le privé dans les carrières sont cruciales. Des améliorations pour faciliter les allers-retours des chercheurs qui le souhaitent entre les mondes académique et socio-économique ont été apportées. Elles doivent se poursuivre avec plus d’agilité, en lien avec les écosystèmes locaux.

Enfin, il est essentiel de renforcer la culture et les compétences de la recherche dans les entreprises. Elles jouent un rôle majeur qui pourrait être accentué par le fait de conditionner le Crédit Impôt Recherche (CIR) à l’embauche de doctorants CIFRE et/ou de docteurs, amplificateur d’une mobilité tant attendue dans la chaîne circulaire et vertueuse de la recherche.

 

M’Hamed Drissi,
ancien président de la commission Recherche et transferts

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