Agir pour la mixité dans les métiers du numérique

Les femmes se détournent des filières informatiques, alors que les responsables de formation et de recrutement proclament leur ouverture aux candidatures féminines. Le groupe Gender@Télécom, qui regroupe trois enseignantes-chercheuses d’Institut Mines-Télécom Business School et est ouvert sur les écoles d’ingénieurs du groupe d’écoles d’ingénieurs Institut Mines-Télécom (IMT), travaille depuis plus de 10 ans sur la relation entre genre et technologies de l’information. Le stéréotype d’une moindre adéquation des femmes à ces métiers reste très présent, y compris parmi les étudiant(e)s. Pourquoi cette persistance ? Nos travaux ont montré que le stéréotype de la masculinité des TIC (Technologies de l’Information et des Télécommunications) est alimenté par une multitude de petits messages, souvent de façon non consciente : petites phrases, plaisanteries, choix d’images, choix de langage…

Pour agir contre ces lieux communs non questionnés, nous proposons depuis 3 ans un cours en ligne pour nos élèves ingénieurs (Télécom SudParis) et manageurs (IMT-BS), dont le succès aussi bien auprès des garçons que des filles nous a incitées à construire un MOOC Mixité dans les métiers du numérique : la 1ère session sur la plate-forme FUN vient de s’achever avec 2000 inscrit(e)s et 7% de taux d’achèvement.

Quels ont été les apports de ce MOOC ? Une grande majorité a découvert avec surprise un autre pan de l’histoire de l’informatique, où des femmes ont joué un rôle parfois majeur. Beaucoup ont spontanément exprimé une remise en question de leurs représentations et stéréotypes autour de la technique et ont pris conscience que des actions étaient possibles. Certain(e)s se sont réjoui(e)s d’avoir trouvé des arguments solides pour défendre la mixité et une source d’inspiration pour travailler à une mixité accrue, notamment avec les ressources (vidéos, textes) mises à disposition. Certaines femmes ont affirmé se sentir encouragées à poursuivre leur formation ou leurs activités vers ou dans les métiers du numérique.

Cette formation requiert au total 5 à 6 heures de travail réparties sur deux mois et comporte 5 modules. Le premier s’appuie sur des travaux historiques récents et montre l’apport oublié des femmes dans l’histoire de l’informatique. Le deuxième module, également historique, permet de découvrir des entrepreneuses innovantes, et rappelle comment au siècle dernier, certains travaux en mathématique, puis en informatique, étaient effectués majoritairement par des femmes, ce que souvent elles ont fait avec passion. Le troisième module explique pourquoi au début des années 1990, les femmes se sont retirées des métiers du numérique :  mouvements dans le monde professionnel d’une part, et transformations apportées par l’entrée de l’informatique dans la société et dans les foyers d’autre part. On réfléchit enfin sur le sexe d’un métier : qu’est-ce qui fait un métier d’homme ou un métier de femme ?  Le quatrième module est centré sur deux univers souvent associés au masculin. D’abord celui du hacking et des hackeurs : comment il est né, quelles formes il prend aujourd’hui, et n’y a-t-il vraiment que des hommes ? Puis le monde du pouvoir, qui nous conduit à réfléchir sur deux conceptions de l’égalité, et aussi à découvrir quelques entrepreneuses et dirigeantes dans le numérique.  Le cinquième module est tourné vers l’action. D’abord, on s’attache aux stéréotypes en vigueur dans le monde du numérique : comment ils fonctionnent, quels en sont les effets, quelles évolutions aujourd’hui ? On montre comment certaines universités ont déconstruit ces stéréotypes et construit une nouvelle culture où les femmes ont toute leur place. Pour finir, on présente une démarche pour s’habituer à garder les yeux ouverts en décryptant les stéréotypes envoyés par les images et les discours autour des technologies et métiers du numérique.

Les inscriptions à la 2e session ouvriront le 1er octobre 2018, et la formation se déroulera entre le 12 novembre et le 15 janvier 2019.

Chantal Morley
Professeure
Institut Mines-Telecom Business School

 

 

A propos de Chantal Morley

Chantal Morley est professeure à l’Institut Mines-Telecom Business School. Docteure HEC-Paris, HDR IAE-Montpellier II, elle a été consultante en systèmes d’information, puis chercheure en management des systèmes d’information. Titulaire d’un master Sociologie du genre (EHESS), elle a lancé en 2005 un groupe d’enseignement et recherche sur la problématique genre et TIC (Gender@Telecom). Ses trois dernières publications dans ce cadre portent sur le stéréotype de la masculinité des TIC (Discriminations dans le domaine technique : le fonctionnement du stéréotype de genre, in M. Eberhard et al. « Genre et discriminations », Éditions iXe, 2017, avec Martina Mc Donnell), sur la proposition d’un modèle d’inclusion (Femmes et métiers de l’informatique : un monde pour elles aussi, Cahiers du genre, 2017, avec Isabelle Collet) et sur l’épistémologie féministe (Approche féministe et recherche en S.I. : une étude de MIS Quarterly, Revue Systèmes d’Information et Management, 2018, à paraître).

 

A propos de Institut Mines-Télécom Business School www.imt-bs.eu

École publique et socialement inclusive, proche des écoles d’ingénieurs, Institut Mines-Télécom Business School forme des managers et des entrepreneurs responsables, innovants et ouverts sur le monde, qui guideront les organisations dans les transitions au cœur de la société de demain : numérique, énergétique et écologique, économique et industrielle. Forte de la pertinence de sa recherche et de ses formations, de son soutien à l’innovation et à l’entrepreneuriat, de sa proximité avec les entreprises et de son ancrage dans son territoire, Institut Mines-Télécom Business School tend vers l’excellence pour contribuer au développement économique national et local et à la création de valeur pour toutes ses parties prenantes. Elle partage son campus avec sa jumelle ingénieure Télécom SudParis, également membre de l’IMT. L’école compte 1500 étudiants, figure chaque année au classement des meilleures business schools françaises et européennes, et est accréditée AACSB et AMBA.

 

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