Classements internationaux : Grandes écoles, lancez-vous !

On entend souvent dire que les grandes écoles d’ingénieurs ne sont pas visibles à l’international. On l’entend d’ailleurs tellement que beaucoup ont fini par s’en convaincre, et par penser que les classements internationaux ne sont pas pour elles, que seuls les regroupements, permettant d’atteindre la taille critique requise, donnent la possibilité d’y rentrer.

Il est vrai qu’il faut rassembler des forces importantes pour être dans le TOP 100, TOP 50, TOP 20 des classements disciplinaires tels que ceux de Shanghai (ARWU Ranking by subject), du Times Higher Education (THE) by subject, ou du QS by subject. Il est vrai qu’il vaut mieux former un ensemble très pluridisciplinaire pour figurer au classement général de certains palmarès. Mais la vocation des écoles d’ingénieur françaises ne vise pas cela. Elles ont vocation à former des ingénieurs dont la France a besoin, dont l’industrie française a besoin. Et pour cela, beaucoup d’entre elles mobilisent des forces conséquentes en recherche, en propre ou en partenariat. Leurs travaux de recherche sont reconnus sur le plan académique, intéressent les industriels de par leur orientation vers leurs problématiques, et de plus en plus sont valorisés par ces mêmes classements internationaux. Ces écoles ne sont pas dans le TOP 100 mondial, mais elles sont cependant parfaitement à leur aise dans la compétition internationale.

Ces classements peuvent s’appuyer sur plusieurs types d’indicateurs : la quantité et la qualité de leur production académique, leur réputation, des données fournies par les établissements (budget, effectifs, élèves et enseignants, etc…).

Chaque classement module à sa façon : Shanghai ne s’appuie ainsi que sur le premier, la bibliométrie, quand THE et QS marient les trois sources. L’une des grandes différences entre ces trois opérateurs de classement, qui se sont peu à peu imposés parmi les plus utilisés dans l’enseignement supérieur, réside dans le savant dosage entre la taille (il faut être gros pour être classé) et l’intensité (il faut être bon dans l’utilisation de ses moyens, par la mesure du résultat ramené aux effectifs). Shanghai privilégie la taille, THE et QS, l’intensité.

Pour en revenir aux Grandes écoles d’ingénieurs françaises, souvent considérées comme trop petites pour être visibles à l’international, force est de constater que dès lors qu’elles atteignent une taille critique ou sont assez focalisées thématiquement, celles qui sont suffisamment denses en recherche s’en sortent tout à fait honorablement. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les résultats 2020 !

Ainsi, au classement général du Times Higher Education (THE), publié en septembre dernier, sur 41 établissements classés parmi 1.527, on trouve désormais 13 écoles d’ingénieur françaises : 6 dans le premier tiers, 7 dans le deuxième tiers. En Engineering and Tech, sur les 32 établissements français classés (sur plus de 1.000), 10 sont des écoles d’ingénieur, dont 8 dans la première moitié. En Computer Sciences, elles sont 5 sur les 26 françaises classées (sur 750), dont 4 dans le premier tiers mondial.

Le classement QS est composé d’un classement général (peu accessible aux Grandes écoles car pour être classé il leur faut diplômer en dehors du champ de l’engineering) et d’une cinquantaine de classements disciplinaires que nous n’avons pas choisi de détailler ici. Il contient également un classement intéressant pour les Grandes écoles d’ingénieur françaises, celui dédié au domaine Engineering & Tech, car il les positionne au niveau de facultés d’ingénierie mondiale. Dans ce classement sélectif (502 classées), on retrouve à nouveau 9 écoles d’ingénieur parmi 21 établissements français, dont aux 2 premières places nationales.

Enfin, dans le classement le plus académique de cette analyse, car ne prenant en compte que les travaux publiés -les classements disciplinaires de Shanghai – les Grandes écoles d’ingénieur s’en sortent à merveille, car ils leur réussissent très bien tant il leur permet de montrer leur force et leur richesse disciplinaire. Ainsi, c’est désormais 36 écoles d’ingénieur françaises qui y figurent (source AEF), et ceci dans de très nombreux domaines : Mechanical engineering, Electrical eng., Telecommunication eng., Computer sciences eng., Civil eng., Chemical eng., Material sciences&eng., Energy sciences&eng., Environnemental sciences&eng., Food sciences&tech., Biotechnology, Mathematics, Physics, Chemistry, Earth sciences, Medical tech., Management, Economics, et ceci sans compter les Business Schools françaises bien sûr.

Cette longue énumération montre la diversité thématique des Grandes écoles d’ingénieur françaises, au champ plus large que les engineering faculties anglosaxones. Elles sont pour certaines d’entre elles capables d’embrasser au-delà des sciences pour l’ingénieur pour toucher les sciences de base, les sciences du vivant, les sciences sociales, etc.

Une autre question enfin mérite d’être étudiée : que faudrait-il faire pour passer du Top 200-400 au Top 20-50, pour passer de très bonnes écoles d’ingénieur (véritables technogical universities dynamiques pour leurs pairs) à un « champion » ? La réponse est à la fois simple et contre-intuitive. Pour progresser dans ces classements, outre améliorer l’intensité (plus de moyens, plus de publications, plus de contrats, à périmètre constant), il faudrait jouer sur l’effet taille. Mais pour jouer sur l’effet taille à bon escient, il faut augmenter le périmètre à intensité constante. En clair, consolider une école d’ingénieur et une faculté de sciences sur un même site aurait peu d’effet voire un effet négatif car une bonne part de leur production est déjà partagée (les publications des unités mixtes de recherche sont souvent déjà communes par exemple), donc mathématiquement l’intensité baisse. L’effet cumulatif ne devient maximal que lorsque l’on regroupe des semblables implantés sur des sites différents, car dans ce cas tous les indicateurs s’additionnent.

Nous en avons d’ailleurs fait la démonstration à l’échelle d’IMT Atlantique, car la fusion de deux écoles d’ingénieur de même intensité (Mines Nantes et Télécom Bretagne) a produit exactement cet effet de percée dans les classements internationaux. Il en est de même pour l’Institut Agro nouvellement créé par regroupement (Montpellier Supagro et Agrocampus Ouest) et qui fait dès sa première année son apparition dans plusieurs classements. Donc si un tel objectif était recherché, assurément la consolidation d’écoles d’ingénieur entre elles à l’échelle nationale aurait un effet levier considérablement supérieur aux regroupements locaux plus hétérogènes.

Ces classements internationaux sont donc très riches en potentiel pour les Grandes écoles, qui ont si longtemps hésité à s’emparer, quand elles peuvent y réussir si bien une fois lancées dans l’aventure !

 

Anne Beauval,
présidente de la commission Recherche et Transferts
directrice déléguée d’IMT Atlantique

 

A propos d’Anne Beauval

Anne BEAUVAL est directrice déléguée d’IMT Atlantique depuis le 1er janvier 2017, et présidente de la commission Recherche de la Conférence des grandes écoles depuis janvier 2020.

Diplômée de l’École Polytechnique et de l’École nationale supérieure des mines de Paris, Anne BEAUVAL a occupé successivement les fonctions de chef de division Environnement Industriel et Sous-Sol, en charge de l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement à la DRIRE de Bretagne (2000 – 2003) ; directrice de la recherche de l’École des mines de Douai (2003 – 2008) ; chargée de mission auprès du directeur puis chef du service Sécurité Radioprotection Médical de la Centrale nucléaire de Gravelines (2008 – 2012) ; directrice de l’École des mines de Nantes – jusqu’à sa fusion avec Télécom Bretagne qui a conduit à la création d’IMT Atlantique.

 

A propos d’IMT Atlantique

IMT Atlantique est une grande école d’ingénieurs généralistes (parmi les 400 premières universités du monde du THE World University Ranking 2020 – 59e université mondiale de moins de 50 ans -, reconnue internationalement pour sa recherche (présente dans 4 disciplines des classements de Shanghaï, de QS et de THE). Elle appartient à l’Institut Mines-Télécom et dépend du ministère en charge de l’Industrie et du Numérique.

Disposant de 3 campus, à Brest, Nantes et Rennes, d’un incubateur présent sur les 3 campus, ainsi que d’un site à Toulouse, IMT Atlantique a pour ambition de conjuguer le numérique, l’énergie et l’environnement pour transformer la société et l’industrie par la formation, la recherche et l’innovation et d’être, à l’international, l’établissement d’enseignement supérieur et de recherche français de référence dans ce domaine.

IMT Atlantique propose depuis septembre 2018 une nouvelle formation d’ingénieurs généralistes. Les étudiants sont recrutés sur le concours Mines-Ponts. L’École délivre par ailleurs trois diplômes d’ingénieurs par la voie de l’apprentissage, des diplômes de masters, mastères spécialisés® et doctorats.

Les formations d’IMT Atlantique s’appuient sur une recherche de pointe, au sein de 6 unités mixtes de recherche (avec le CNRS, l’INRIA, l’INSERM, des universités ou écoles d’ingénieurs), dont elle est tutelle : GEPEA, IRISA, LATIM, LABSTICC, LS2N et SUBATECH. L’école s’appuie sur son excellence en recherche dans ses domaines phares (énergie et numérique, cybersécurité, environnement et numérique, industrie du futur, nucléaire, santé et numérique, risques et interactions) et en couplant les domaines scientifiques pour répondre aux défis de demain : transition numérique, transition environnementale, transition industrielle, transition énergétique, santé du futur et recherche fondamentale, en s’appuyant sur 2 instituts Carnot Télécom & Société Numérique et Carnot MINES.

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