Le défi de la place des femmes dans la Tech 

« Les femmes, à cause de leur surreprésentation dans le secteur des services, ont été frappées de manière disproportionnée par le Covid-19 »

affirme C. Nicole Mason, auteure et directrice de l’Institute for Women’s Policy Research, un centre de réflexion américain. Il y a là un défi spécifique à relever, pour que le terrain gagné ces dernières années ne disparaisse pas du fait de la crise sanitaire et de la récession. En effet, d’après l’étude Trust Radius[1], les licenciements liés au Covid-19 ont frappé les femmes dans la Tech 1,6 fois plus que les hommes. Plus de 8% des femmes dans la Tech ont perdu leur emploi ces derniers mois, contre 5% des hommes.

Pourtant, les femmes ne représentaient que 30 % des salariés de la Tech en France, selon le Syntec Numérique. Cette proportion stagne depuis 2013. Elles ne sont que 12% à diriger des startups, selon l’Agence du numérique. Et si on s’attarde sur le capital disponible, on remarque que les rares femmes qui lèvent de l’argent réunissent nettement moins d’investissements que les hommes[2].  Par conséquent, les dirigeantes ne captent que 2,2 % des financements des fonds investis dans le monde. Pour aller plus loin, j’ai voulu dépasser la simple prise de conscience, et identifier comment féminiser les métiers et les emplois dans la Tech.

Il ne s’agit pas de parler de discrimination, mais de remédier à une problématique d’orientation. Les études d’ingénieur attirent moins de femmes, et le déficit s’accroit dans le temps (56% des femmes dans la Tech quittent leur poste à mi-carrière). Même les écoles très égalitaires comme l’Ecole 42[3] rencontrent des difficultés concernant la parité. Sophie Viger, directrice générale de l’école 42 depuis 2 ans et féministe charismatique, a mis en place des solutions innovantes pour attirer plus de candidatures féminines, montant la part des femmes admises, à l’issue d’une épreuve strictement identique bien sûr, de 5% en 2018 à 30% en Avril 2020. Malgré cela, en juillet de cette année, seulement 18% des femmes ont choisi de tenter leur chance dans la fameuse Piscine[4].

Il y a urgence à remédier à cette situation, pour des raisons éthiques évidentes, mais aussi par choix de la performance. McKinsey a démontré que les entreprises Tech qui comptent davantage de diversité surperforment jusqu’à 15%[5].  Des initiatives et des solutions existent : de SISTA [6] à 50inTech[7] en passant par Social Builder[8], des viviers de femmes qualifiées sont disponibles pour pourvoir des postes à valeur ajoutée dans cet univers. En effet, si le gouvernement anticipe entre 800 000 et 1 million de destructions d’emplois en 2020 dans l’hexagone du fait de la récession actuelle, chaque année, 80 000 postes[9] liés aux métiers de la Tech ne sont pas pourvus en France, à cause d’un déficit de profils et de compétences. La Tech est donc une solution pour lutter contre la récession qui s’annonce, et les femmes sont une force vive qui va contribuer à redynamiser la croissance.

 

 

[1] https://www.trustradius.com/vendor-blog/covid-19-women-in-tech

[2] baromètre StartHer et KPMG

[3] Ecole 42 : Ecole créée par Xavier Niel, qui forme des développeurs du web. Elle est gratuite et ouverte à tous. L’épreuve de code en question s’appelle La Piscine.

[4] https://www.42.fr/la-piscine/

[5] https://www.mckinsey.com/business-functions/organization/our-insights/delivering-through-diversity

[6] https://www.wearesista.com/

[7] https://www.50intech.com/

[8] https://socialbuilder.org/

[9] Déclarations de Agnès Pannier Runacher, Secrétaire d’Etat, au SYNTEC Conseil le 14 Janvier 2020.

 

Isabelle Rouhan, présidente de Colibri Talent et présidente et co-fondatrice de l’Observatoire des Métiers du Futur

 

A propos d’Isabelle Rouhan

Après un parcours réussi chez Facebook, Renault et Havas, Isabelle Rouhan a créé en 2017 Colibri Talent (https://www.colibri-talent.com/), cabinet de recrutement de dirigeants qui accompagne la transformation digitale des entreprises. Elle intervient principalement dans les domaines de l’Ad Tech, de la Data Science et de l’Intelligence Artificielle. Elle a publié l’ouvrage « les métiers du futur » aux Editions FIRST en 2019, et co-fonde la même année le think tank l’Observatoire des Métiers du Futur qu’elle préside depuis lors (https://www.metiersfutur.com/).

 

A propos de l’Observatoire des Métiers du Futur

L’Observatoire des Métiers du Futur est un think tank créé pour contribuer à développer l’employabilité en France en analysant les tendances de l’évolution des métiers.

L’Observatoire des Métiers du Futur a pour mission de réfléchir, mener des travaux prospectifs, débattre, échanger, proposer, illustrer, et partager, afin de sensibiliser et d’impacter positivement les acteurs économiques et le débat public sur le sujet de la transformation des métiers et du travail en France.

Le développement d’un échange international de points de vue au sujet de l’évolution des métiers entre différents pays fait aussi partie de la mission de l’association.

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