Les femmes au pouvoir… comme les hommes

Le chemin vers la parité est en route et indéniablement les Grandes écoles de commerce ont la capacité d’accélérer la transformation positive de notre société. Frédérique Clavel, présidente de la Fondation EM Normandie revient sur leur fonction d’accompagnement des jeunes filles et les ambitions qu’elles doivent désormais porter.

Exceptée la compétence, rien ne justifie des écarts de salaires, d’évolution professionnelle ou de responsabilités. Alors, qui mieux que les Grandes écoles de commerce pour accélérer la marche vers une plus grande parité dans toutes les organisations professionnelles ? Elles sont à cet égard exemplaires en interne : les gouvernances tendent à s’équilibrer et les directions se féminisent. Et pour cause, au moins 50% des diplômés sont des diplômées. Tous nos établissements doivent travailler sur les représentations du passé pour que l’on en finisse avec l’autocensure ou le complexe d’usurpatrice. A nous de donner les armes aux filles et insuffler l’audace nécessaire pour les aider à se positionner à leur juste place ou créer leur entreprise.

 

Sans à priori

Il est parfaitement anormal que les fonds d’investissements ne financent quasi exclusivement que des dossiers portés par des hommes. Soutenir l’entrepreneuriat au féminin et favoriser l’émergence de projets fait du coup partie de nos missions pour lever les freins ou simplement donner l’impulsion nécessaire dans un univers encore hostile. Toutes les expériences que nous avons menées pour pousser des créatrices ont au moins permis de faire légèrement remonter les statistiques. Loin de vouloir récréer des ghettos, il faut favoriser le dialogue en accueillant sans à priori toutes les candidates, en privilégiant autant que possible la mixité.

Même si cela peut paraître caricatural, nous évoluons encore dans un monde où les « mecs » osent et prennent des risques dans leurs business plan, là où les femmes objectivent leurs performances. Au fond, ce qui est une preuve de maturité passe comme un manque d’ambition voire de la timidité auprès des instances de décisions trustées par des mâles dominants. On marche encore sur la tête dans les entreprises : alors que les critères de compétences seraient plutôt favorables aux femmes, les critères d’augmentation favorisent encore… les hommes.

 

Role model

L’héritage d’un monde au masculin a pénalisé l’émergence de modèles pour les jeunes femmes qui ne peuvent pas réellement se projeter en levant les yeux vers des icones du pouvoir au féminin.  Faute de « role model » emblématiques, les femmes peinent encore à afficher leurs ambitions. C’est dommage.

Les hommes ont encore indéniablement un chemin à faire vers une vision plus juste. Ils doivent d’une part digérer la notion de parité, mais également faire un effort supplémentaire pour comprendre les différences entre sexes, y compris psychologiques ou physiologiques. Nos Grandes écoles doivent les y aider pour en faire des managers responsables. Après tout que vaudrait une stratégie RSE ambitieuse si elle était portée par des managers qui n’ont pas saisi l’importance d’une plus grande diversité, à l’image de la société ? Aujourd’hui, si le mot impact a du sens, il doit intégrer cet élément, sans qui le mot égalité ne signifie rien.

Et tant pis s’il faut un peu de réglementation pour accélérer les choses. Nous sommes parvenus à 40% de femmes dans les conseils d’administration grâce à la loi sur les quotas. Il est évident qu’il n’y aura pas de retour en arrière et c’est une bonne chose pour que les toutes les jeunes filles oublient la charge mentale et les « mauvaises » habitudes pour se hisser au sommet… comme des garçons.

 

Frédérique Clavel
Présidente de la Fondation EM Normandie

 

A propos de Frédérique Clavel

Frédérique CLAVEL, diplômée du Master EM Normandie (1981) et de l’INSEAD Executive Programme (2000) est Présidente de la Fondation EM Normandie.

Entrepreneur dans l’âme, Frédérique CLAVEL débute sa carrière comme responsable des affaires financières du groupe Laser. Depuis 2001, elle dirige la société Fincoach qu’elle a créée pour accompagner les entrepreneurs dans leurs stratégies financières et les aider à optimiser leurs sources de financement. Administrateur de sociétés comme Kitchen Bazaar ou Logali, elle a aussi siégé au conseil de plusieurs associations : Femmes 3000, Femme Business Angels et le cercle des administrateurs de l’INSEAD dont elle fut l’un des 12 membres fondateurs.

En 2003, elle fonde Paris Pionnières devenu les Premières, 1er réseau d’incubateurs « Pionnières » composé de 20 incubateurs régionaux en France métropolitaine, ultra-marine, Maroc, Belgique et Luxembourg, qui accompagne les femmes entrepreneurs dans les services innovants en lien avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème. L’un d’eux, Caen La Mer by Les Premières est un partenaire privilégié de l’EM Normandie.

Appelée en 2012 à la Présidence de l’agence d’état en faveur de la création d’entreprise, l’APCE devenue BPI France création, elle est la première femme à endosser cette responsabilité sur proposition de la ministre de l’Innovation et des PME.

En 2009, Frédérique Clavel a reçu les insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite, la Légion d’honneur en 2013 et le Prix Mongolfier des arts économiques en 2010 pour son action en faveur de l’entrepreneuriat féminin. Elle est également l’auteure du livre « Entrepreneuse, pourquoi pas vous ? » co-écrit avec Sophie Meurisse (Editions Eyrolles), publié en 2017.

Abritée par la Fondation de France, la Fondation EM Normandie, créée en décembre 2016 à l’initiative de diplômés, a pour mission d’accompagner le développement de l’école sur le long terme et d’étendre son rayonnement, en apportant de nouvelles sources de financement par des actions d’intérêt général au profit de l’EM Normandie, de son enseignement et de ses étudiants.

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