Pierre Riberprey, autiste asperger diplômé de l’EM Normandie

Autiste Asperger à très haut potentiel de 48 ans, avec un Trouble du Déficit de l’Attention (TDA), des troubles majeurs de l’anxiété et différents Dys, n’ayant jamais trouvé ma place dans les différents postes que j’ai occupés, dans la banque, la logistique ou la grande distribution, j’ai entrepris en 2013 une reconversion professionnelle via la reprise d’études, arrêtées au BAC Pro vente. Après un BTS, une Licence Pro et le Programme Grande Ecole EM Normandie suivi en e-learning en formation continue, je me positionne aujourd’hui sur un doctorat en géographie rurale, environnement et économie territoriale.

 

Quelle a été la place du mémoire dans ton cursus ? Comment celui-ci s’est-il déroulé ?

Le mémoire a tenu une place prépondérante durant mes 2 années à l’EM Normandie. Même si le sujet n’était pas d’actualité en 1ère année, j’avais cette échéance à l’esprit. Or, je n’aime pas l’inconnu, il faut que j’anticipe continuellement, c’est plus fort que moi. J’avais une peur panique que la tâche soit au-dessus de mes capacités et de ne pas être à la hauteur. En 2ème année, j’ai choisi le domaine, le thème et j’ai commencé à regrouper des données en attendant de connaître le nom de mon tuteur de mémoire et d’ainsi pouvoir explorer le sujet plus précisément avec lui.

Mon cursus a été très enrichissant. Comme tout à chacun, j’ai trouvé certaines matières plus rébarbatives que d’autres, notamment celles de gestion compte-tenu de ma dyscalculie. Ce trouble a forcément joué dans le choix du thème de mémoire qui portait sur « L’évaluation des capacités de résilience des agents économiques des territoires ruraux face au changement climatique ». Nous avons beaucoup travaillé en groupe durant la formation, ce qui n’est pas ce qui me correspond le plus. J’aime en effet maîtriser d’un bout à l’autre ce que je fais avec mon rythme de travail bien particulier. Le travail de recherche et de réflexion que le mémoire demande est beaucoup plus adapté à ma personnalité. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé de poursuivre sur un doctorat dans la mesure où une organisation financeuse m’accorde sa confiance.

 

Tes spécificités ont elles facilité l’exercice du mémoire, ou, à l’inverse, t’es-tu retrouvé en difficulté ?

Je pense qu’il y a un peu des deux.  Évidemment, toute la partie interaction sociale (enquête terrain) a été un vrai supplice. Mais avec la crise sanitaire et le confinement, j’ai eu la chance de pouvoir faire une partie des entretiens par téléphone, ce qui a grandement facilité l’exercice. Sinon, j’ai beaucoup appris sur moi-même et mes spécificités. Je me suis pris mes handicaps et certaines spécificités en pleine figure assez violemment et, à l’inverse, d’autres spécificités ont compensé celles qui m’handicapaient. Par exemple, en fonction des périodes, mon TDA est plus présent et il m’est impossible de rester concentré plus de 10 minutes sur mon travail. Certaines spécificités de mon autisme, – intérêt restreint, dans le sens concentration sur un sujet unique à un instant T –, mon perfectionnisme et mes capacités cognitives m’ont permis de récupérer le temps perdu. Lorsque tous les voyants sont au vert, qu’aucun élément extérieur à ma bulle ne vient me perturber, je peux travailler 15 heures par jour, et ce, 7j/7 pendant 10 à 15 jours.  Je le paye « cash » après mais c’est ma façon de faire : phase de travail hyper intensive, récupération, réflexion et c’est reparti !

 

Quel a été le rôle de ton tuteur de mémoire ? Quelle a été ta relation avec lui ?

Ma réponse se résume en deux mots : Merci Ludovic ! Je me suis senti dès les premiers échanges dans un environnement bienveillant, sans aucun à priori de sa part quant à ma personnalité. Ludovic Jeanne a su canaliser ma pensée en arborescence au moment de trouver la problématique. Il a orienté, guidé, voire temporisé ma réflexion pour que je trouve, comme il le dit lui-même « la bonne porte d’entrée » par rapport à mon sujet.  Très présent tout au long de l’avancée du mémoire, il a su m’écouter et me recentrer si nécessaire, et ça l’a été ! J’admire aussi sa patience notamment au moment de rendre le document intermédiaire, une période compliquée pour moi où j’ai dû avoir recours à mon tiers temps. Je n’ai subi aucune pression de sa part. Au contraire, il m’a rassuré sur les délais afin de la faire retomber. Il a été ce que tout manager devrait-être pour une personne neuro-atypique : attentif, bienveillant, à l’écoute, etc. Pour la première fois, j’ai pu travailler à ma façon et ce n’est pas moi qui ai fait tous les efforts d’adaptation au monde extérieur et ça c’est juste génial.

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