Programme Ambassadeurs : quand la prévention renforce la capacité d’agir des étudiants

Marick Fèvre

Les mesures adoptées pour atténuer la propagation de l’épidémie de Covid-19 ont bouleversé la vie de nos étudiants. Dans le climat d’incertitude provoqué par les confinements, écoles et universités ont dû réinventer le lien avec leurs étudiants pour redonner un sens à cette relation. Elles ont cherché à impliquer la population étudiante dans l’effort de prévention. C’est ainsi que certains étudiants ont pu devenir des acteurs de l’enjeu collectif de lutte contre l’épidémie, se solidariser face à leurs détresses et être force de proposition innovante pour leur établissement. Ça a été le cas à l’EHESP avec les « Ambassadeurs de Prévention Covid ».

En tant qu’école de santé publique et fidèle à ses missions fondatrices, l’EHESP a été à l’origine, dès le mois d’octobre 2020, d’un dispositif original en matière de prévention et promotion de la santé. Testé dans le cadre du Projet Université de Rennes (UniR), puis mis à disposition des établissements et des organisations intéressées dans le monde francophone, le dispositif permet d’accompagner et de former étudiants et personnels volontaires pour devenir Ambassadrices ou Ambassadeurs de Prévention Covid. Par une série de modules de formation en ligne, on découvre et capitalise sur les échanges entre pairs pour communiquer efficacement autour de soi : le virus, les modes de transmission, les gestes barrières, les ressources utiles, l’orientation vers les dispositifs locaux existants pour réduire la détresse psychique.  Cette action complémentaire à la prise en charge médicale permet de donner du sens aux mesures de prévention (le dépistage, le contact tracing, l’isolement, le port du masque…), souvent difficilement vécues.

Alessia Lefébure

La formation a été spécialement conçue et constamment réactualisée pour cette situation de crise inédite en combinant des savoirs complémentaires : les connaissances scientifiques interdisciplinaires des chercheurs de l’EHESP, l’expertise pédagogique des ingénieurs du CApP-EHESP, les compétences spécifiques de l’Instance Régionale d’Éducation et de Promotion de la Santé (IREPS) de Bretagne.

Une fois la formation mise en ligne, le programme n’aurait pas pu vivre et atteindre son objectif sans la mobilisation d’étudiants et d’étudiantes volontaires pour aborder les questions soulevées par le contexte épidémique sur le campus. Mais comment s’y prendre quand le campus devient virtuel ? Comment informer, expliquer, et convaincre quand les pairs sont à distance ? La motivation étudiante pour cette « mission impossible » a été un enjeu de taille.

Le soutien constant de l’Ecole à ce dispositif s’est traduit par une équipe de professionnels mobilisés (personnel administratif, direction, enseignant-chercheur et experts externes de la santé des étudiants). La croyance affirmée dans les capacités et compétences des étudiants a permis de dépasser les difficultés initiales de mobilisation. En effet, des rendez-vous hebdomadaires avec les référents COVID de l’établissement avaient été prévus pour accompagner les ambassadeurs étudiants sur des thématiques précises, répondre à leurs questions et créer un espace d’échange régulier avec leurs pairs. Il s’agissait là de créer un environnement qui garantisse aux ambassadeurs d’agir en restant eux-mêmes, de veiller à ce que leur statut ne les marginalise pas et de les outiller pour la réalisation de leur mission. Initialement imaginés en présentiel sur le campus, ces temps d’échange ont dû s’adapter au deuxième confinement vécu comme un trauma par la communauté étudiante. Dans l’attente d’une clarification des missions et des moyens nécessaires pour la mise en œuvre, la participation étudiante a été difficile à stabiliser, les premières réunions étant surtout fréquentées par les référents et personnels de l’école.

Dès lors que l’accent a été mis sur la lutte contre l’isolement, le repérage de la détresse psychologique et l’orientation vers les ressources dédiées, les étudiants ont fait montre d’une solidarité mobilisatrice, souvent via leurs associations et élus. Comprenant mieux les attentes de l’établissement à leur égard, ils ont proposé des initiatives pour engager toute la communauté étudiante dans un véritable projet collectif. Ainsi sont en train de voir le jour des actions entre pairs, telles que des quizz interactifs, des sessions d’écoute et d’expression individuelle, des « live » sur les réseaux sociaux, des courtes vidéos avec des experts. Ces actions ne sont pas des simples actions de prévention : elles favorisent le dialogue et renforcent les capacités à agir de manière favorable pour la santé. La dynamique est lancée et les étudiants – futurs acteurs de la santé publique – disposent désormais d’un outil entre pairs qui leur sera utile dans la prochaine étape de retour sur le campus, en renforçant leur capacité d’agir individuelle et collective face aux situations de crise.

Marick Fèvre, coordinatrice opérationnelle à l’EHESP
Alessia Lefébure, directrice adjointe en charge des études de l’EHESP

 

A propos de Marick Fèvre

Marick Fèvre est coordinatrice opérationnelle à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) en charge des formations en e-learning « ambassadeurs prévention covid » et « médiateurs lutte anti-covid » et salariée de la FNES en charge du dispositif Sirena-Cps.

Diplômée en Sciences Politiques et Droit de la protection sociale de la Faculté de droit de Rennes, elle est actuellement doctorante en sociologie au CENS UMR 6025 et au Réseau doctoral de l’EHESP. Elle est également présidente de l’Ireps Bretagne. Elle est directrice et autrice de deux ouvrages parus aux Presses de l’EHESP : « amours de vieillesse » (2014) et « la souffrance de l’entrepreneur, comprendre pour agir et prévenir le suicide » (2018).

 

A propos d’Alessia Lefébure

Alessia Lefébure (PhD) est directrice adjointe de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), en charge des études. Elle a auparavant dirigé et développé à l’Université de Columbia, à New York, le programme Alliance, incubateur multilatéral d’innovation dans la recherche et la formation. Elle enseigne les politiques publiques comparées à l’IEP de Rennes après avoir travaillé à l’Université de Columbia, Sciences Po et l’Université Tsinghua à Pékin.

Diplômée de Sciences Po et de la LUISS (Rome), docteur en sociologie et experte internationalement reconnue dans le développement et l’éducation, elle est membre de l’UMR Arènes et du CSO-Centre de Sociologie des Organisations et, ainsi que de nombreux comités de lecture et boards internationaux. Elle siège au conseil d’administration de la Fondation Croix-Rouge française au titre de l’EHESP. Elle est l’auteure de l’ouvrage « Les mandarins 2.0. Une bureaucratie chinoise formée à l’américaine » (2020, Presses de Sciences Po), consacré à la circulation transnationale des savoirs et modèles éducatifs.

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