Repenser l’excellence : une autre idée de la réussite

A l’heure où la génération Z prépare déjà le chemin de la génération Alpha, où l’identité et la réussite ne se mesurent plus à la lumière de la valeur « travail », où les enjeux sociétaux et environnementaux ont pris place en tribune avec vigueur, où la définition même du bonheur et de l’épanouissement se cherche sans encore se trouver, le paradigme de l’excellence comme moteur structurel de nos organisations et des performances individuelles et collectives tremble sur ses fondations.

L’idée que nous nous faisons de l’excellence structure et influence notre pensée, nos actions, notre travail, nos objectifs et les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Pour la repenser, il nous faut dépasser nos propres modèles et même nos propres croyances.

Qu’est-ce qu’une excellente école ? un excellent enseignant ? un excellent élève ? un excellent diplômé ? Repenser l’excellence, dans le cadre de nos activités d’accueil, d’enseignement et d’accompagnement, c’est sans doute répondre à toutes ces questions. Mais pour savoir comment, il faudrait d’abord savoir pourquoi et dans quel but.

 

L’excellence : se mesurer aux autres

Excellence : du latin excellentia (« supériorité, excellence »), de excellere (« dépasser, être supérieur »)

  • Degré éminent de qualité, de valeur de quelqu’un, de quelque chose dans son genre (Larousse[1])
  • Caractère de ce qui est excellent, ne peut être meilleur (Le Robert[2])
  • Degré éminent de qualité qu’une personne ou une chose atteint dans le domaine qui est le sien (dictionnaire de l’Académie française[3]).

A la lecture des définitions ci-dessus, l’excellence ne prend consistance et sens qu’appliquée à un domaine défini, selon certains critères de mesure et dans une nécessaire comparaison à d’« autres ».

Si nous nous penchons sur l’excellence du point de vue scolaire, elle s’entend spontanément et de manière relativement consensuelle, du niveau des élèves autant qu’il est mesuré en notes et en moyennes et qu’il est comparé à celles de la classe ou de la promotion. Et ces mesures permettent de classer les élèves entre eux, d’attribuer des mentions, de nommer un ou une major. In fine, ce classement permet aux élèves de briguer, dans les meilleures conditions, telle prestigieuse école ou telle prestigieuse entreprise.

Mais une note, une moyenne ou une mention est-elle un critère de mesure de l’excellence suffisant, fiable, réaliste si elle n’est pas mise en regard de son origine, de son histoire, de son utilité, de son objectif final ? Nous y reviendrons plus tard.

Si l’on s’intéresse à l’excellence des écoles[4], les accréditations et certifications sont incontournables et indispensables parce qu’elles garantissent la reconnaissance et la qualité des formations et des diplômes.  Mais elles ne mesurent pas l’excellence au sens qu’elles ne permettent pas la comparaison entre écoles. Et quoi de plus important pour affiner un choix de poursuite d’étude, potentiellement longue et coûteuse, que de distinguer les écoles selon des critères d’excellence ?

Dans leur tentative bien compréhensible de rationaliser ce choix et de justifier leur investissement, les familles recherchent des chiffres à comparer : taux de placement en emploi, salaire moyen à la sortie, taux de réussite des élèves, nombre de conventions de partenariats avec les entreprises ou avec des établissements internationaux… et se tournent vers des classements d’écoles qui leur sont proposés et qui tentent d’objectiver l’excellence par le choix de critères a priori consensuels[5].

L’Etudiant[6] propose, dans la catégorie « excellence académique », les critères classants suivants : moyenne au bac des intégrés, part d’enseignants-chercheurs, nombre de doctorants (y compris cotutelles).[7] Le Figaro Etudiant[8] mesure l’excellence académique en prenant en compte la sélectivité, la proportion d’enseignants-chercheurs par élève, le score « recherche » du Times Higher Education (THE) et le score au classement académique de Shanghai.

Ces mesures de l’excellence académique s’articulent donc principalement autour de chiffres valorisant la sélectivité à l’entrée et permettant de quantifier l’activité de recherche.

Là encore, la question du choix des critères peut être largement discutée car elle offre une vision inévitablement réductrice de ce que pourrait être, de ce qu’est l’excellence des écoles, vision qui ne fait pas état de leurs spécificités, de leurs actions, de leurs valeurs et de leurs ambitions. Pourtant, nombre de ces écoles développent des stratégies pour « gagner des points » sur ces échelles d’excellence et exister positivement dans ces classements. Parce qu’entre comparaison de mesures et jugement de valeur, il n’y a qu’un pas et qu’il en va de leur réputation, de leur attractivité et donc de leur capacité à recruter.

Mais quel sens donner à cette course vers un sommet imposé lorsque l’élève a d’autres projets pour lui-même et que l’école a d’autres ambitions pour son organisation, son public et son territoire ?

 

L’excellence : se mesurer à soi

Excellence : « C’est quand on peut faire ce qu’on aime » (Lou, 12 ans)

Pour être habilitées à diplômer ou certifier leurs élèves, les écoles ont de nombreux critères à remplir qui, associés les uns aux autres, permettent de déterminer leur capacité à offrir un enseignement, un suivi et un environnement d’étude en adéquation avec les préconisations des organismes accréditeurs. Se conformer à ces prescriptions n’est pas un problème car il reste nécessaire de s’entendre sur un socle commun d’attendus eu égard aux ambitions fixées par nos gouvernements et ministères de tutelle. Pour autant, les écoles ont la possibilité de se fixer d’autres objectifs dans des domaines qu’elles privilégient. Choix marketing ou valeurs fondatrices, peu importe. Les écoles ont la possibilité de se définir et de se distinguer autrement que par le biais de critères imposés pas d’autres et de se choisir d’autres échelles de mesure.

Pour exemple, certaines écoles ont choisi, en sus de leur mission d’enseignement et de l’obligation de répondre aux attentes du marché, de viser plus haut mais sur une autre échelle de valeur, d’aller plus loin sur des chemins où on ne les attendait pas forcément :

  • Lutte contre l’auto-censure des jeunes, le manque d’information quand il ne s’agit pas parfois de désinformation sur l’orientation dans le supérieur ;
  • Ouverture à des profils moins avantagés, aménagement des parcours (populations peu ou mal informées/orientées, avec des parcours de vie accidentés, des conditions sociales difficiles, un handicap visible ou invisible…) ;
  • Lutte pour l’accessibilité financière des formations et développement de l’alternance ;
  • Suivi individualisé d’élèves en difficulté…

Ces efforts rejoignent ceux des élèves qui se mesurent chaque jour à eux-mêmes et à leur histoire pour répondre aux exigences du parcours de formation, pour progresser, s’échapper des cases dans lesquelles ils ont été mis. Pourtant, malgré l’énergie considérable déployée sur ces sujets par les écoles, ce ne sont pas, à ce jour, des indicateurs visibles d’excellence.

Or, l’excellence d’une école pourrait – devrait ? – être mesurée à sa capacité de permettre à chacun, d’où qu’il vienne, de mieux se connaître, de définir ce qu’il veut faire, ce qu’il peut faire, de composer et réussir avec ses origines sociales et culturelles, son genre, son handicap… et d’apprendre la valeur du progrès. N’est-ce pas là la mission première de l’école que d’emmener chaque élève vers sa réussite personnelle ?

L’excellence d’une école pourrait se définir alors comme sa capacité de permettre à chacun de s’élever dans une voie qu’il a choisie et non dans celle qui a été tracée par d’autres, de permettre à chacun de personnaliser son parcours, de promouvoir l’effort personnel effaçant par là-même la dynamique de comparaison et de classement au profit d’une logique de projet individuel et collectif, d’acceptation de soi et de complémentarité.

 

L’excellence : dépasser la mesure et réussir autrement

Excellence : « C’est faire de bonnes actions, ne pas avoir de vie parfaite mais avoir tout ce qu’il faut » (Ellie, 8 ans ½)

L’excellence peut se voir simplement comme une force motrice, un but, un sommet à atteindre, associée à un système de mesures du dépassement des autres et de soi. Mais pour quoi faire ? L’excellence dépasse, à mon sens, la mesure figée de ce que l’on est et prend sens dans la dynamique de ce que l’on en fait. Car quel crédit, quelle reconnaissance donner à l’excellence si elle n‘est utile à personne, si elle n’est employée à rien, pire, si elle participe aux tourments de notre monde en crise ?

Parce que la question est finalement là : que souhaitent désormais les populations, nos jeunesses, dans un monde qui s’effondre ? L’excellence est-elle une réponse ? L’excellence doit mener sa propre quête de sens eu égard aux enjeux qui nous obligent, aux changements qui bouleversent notre cadre sociétal, aux centres d’intérêts des générations en devenir.

Un chantier immense est ouvert qui laisse, à chaque école, la possibilité de se déterminer en agissant dans sa propre acception de l’excellence, en proposant aux élèves un vaste choix de possibles dans lesquels ils trouveront à se reconnaître et à construire plus qu’un projet d’étude mais bien un projet de vie.

Plus qu’une mesure de performance, l’excellence doit être un modèle d’accomplissement.

Plus qu’un résultat, un chemin.

[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/excellence/31964

[2] https://dictionnaire.lerobert.com/definition/excellence

[3] https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9E3232

[4] Les écoles évoquées sont principalement les écoles d’ingénieurs ou l’« école » dans son acception générale

[5] Excellence académique, ouverture internationale, proximité avec les entreprises, ouverture à de nouveaux publics (L’Etudiant) par exemple

[6] https://www.letudiant.fr/classements/classement-des-ecoles-d-ingenieurs.html

[7] Pour précision, il existe aussi des critères non classants : durée d’habilitation CTI, nombre d’élèves par enseignant, pourcentage de diplômés poursuivant en thèse, nombre d’enseignants HDR.

[8] https://etudiant.lefigaro.fr/etudes/ecoles-ingenieurs/classement/

 

Mélanie Plisson,
Directrice du développement et de la communication de 3iL Ingénieurs

 

A propos de 3iL Ingénieurs

Fondé en 1987, 3iL Ingénieurs est une association à but non lucratif qui propose des formations supérieures en informatique (diplôme d’ingénieur accrédité CTI et titres RNCP de niveau 6 et 7) dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, la robotique, la cybersécurité ou encore la réalité virtuelle. 3iL se définit par ses valeurs d’inclusion, d’égalité des chances, de réussite pour tous et de proximité. Certifiée Qualiopi et ISO 9001, 3iL est reconnue pour ses valeurs d’inclusion par le label EESPIG (Etablissement d’Enseignement Supérieur Privé d’Intérêt Général) délivré par l’Etat.

3iL dispense ses formations et défend ses valeurs en France et à l’international (Cameroun, Maroc, Sénégal, Algérie). La formation d’ingénieur est réalisée à Limoges (depuis 1987), Rodez (depuis 2002) et bientôt Nantes (septembre 2023). Les programmes experts sont développés et proposés à Limoges, mais aussi dispensés chez 30 partenaires sous franchise sur tout le territoire (métropole et hors métropole).

X
X