Retours d’expériences sur l’intégration de moocs dans les cours et les programmes

Quelques années après le buzz médiatique autour de la création des Moocs, la perte annoncée d’intérêt des étudiants pour les programmes traditionnels au profit d’une collection de Moocs ne semble pas d’actualité. Rapidement, les taux très élevés d’abandon et le recours à des techniques pédagogiques finalement souvent très classiques et trop centrées sur la connaissance ont interpelé sur le potentiel d’apprentissage de ces dispositifs de grande masse (Boullier 2014). Les principaux inscrits volontaires ne sont d’ailleurs pas des étudiants : ainsi, notre Mooc Global studies, dont la problématique passionne pourtant généralement nos étudiants, n’enregistre que 15 à 20% de jeunes dans ses effectifs. Et si, plus qu’une menace pour les écoles, les Moocs représentaient une opportunité pour elles ? Nous vous proposons quelques éléments de réponse à partir des usages de Moocs observés dans notre institution.

Dans un programme donné, la tentation pourrait être grande d’imaginer de demander purement et simplement aux étudiants de suivre un Mooc dument choisi, en lieu et place d’un module de cours au contenu similaire et jusque-là délivré par un enseignant. L’absence de suivi et de contrôle et surtout la faiblesse des modalités d’évaluation habituellement proposées dans les Moocs rendent cette option peu crédible.

De fait, lorsque des Moocs (devenus Spocs) sont utilisés dans le cadre d’un module donné, ils sont systématiquement associés, dans les exemples Gémiens, à un accompagnement fourni par les enseignants avec encouragements, explications complémentaires, mise en place d’activités pédagogiques, feedback, évaluation finale, …. Un exemple de vraie réussite pour l’engagement des étudiants et la qualité de leurs apprentissages a ainsi été la mise en place sur un Master of Science d’un module d’introduction à l’entrepreneuriat conjuguant le Mooc How to build a start-up  proposé par Steve Blank (Université de Stanford) à des activités encadrées de développement d’un projet de création d’entreprise. De même, nous avons utilisé des ressources de grande qualité gratuites et en libre accès au travers de MOOCs ou autres dispositifs d’apprentissage en ligne pour un cours d’introduction au langage Python comme pour un cours de data analytics pour le management des Ressources Humaines adossé au MOOC People analytics créé sur Coursera et animé par des experts de Wharton. Là aussi, nous avons complété ces dispositifs par un système d’accompagnement et d’évaluation.

Les modules ainsi organisés prennent typiquement la forme d’un module de type classe inversée. Tout enseignant pratiquant cette pédagogie a besoin de ressources de qualité (texte et multimedia) pour la partie théorique de son cours. L’utilisation de ressources externes peut lui permettre d’économiser du temps de conception et développement. Depuis longtemps les « textbooks » existent mais les Moocs peuvent apporter un complément intéressant avec des vidéos parfois interactives.

Pour la prise de décision, il est important cependant de ne pas négliger le temps de sélection d’un Mooc parmi le foisonnement des Moocs existants, son temps d’appropriation par l’enseignant et d’articulation avec les autres parties du module, et même le risque de devoir tout recommencer si les ressources du Mooc venait brutalement à être retirées du marché. Un autre frein important du côté des enseignants est la crainte répandue de ne pas être reconnu par les étudiants comme un vrai spécialiste si nous ne produisons pas nous-mêmes l’essentiel du contenu de nos cours. Tout comme ce phénomène freine, en France, le recours aux manuels écrits par d’autres, il freine le recours à des Moocs produits par d’autres.

Ces deux freins expliquent sans doute qu’à Grenoble École de Management, on observe que l’intégration de Moocs dans les enseignements ne se fait que dans deux situations :

  1. dans les domaines qui évoluent vite et où nos ressources enseignantes sont particulièrement limitées
  2. lorsque les enseignants sont eux-mêmes les auteurs des Moocs retenus.

Nos Moocs Global studies  et Lever des fonds pour ma start-up sont ainsi utilisés dans le cadre de cours de spécialisation à GEM. Le Mooc Epargner et Investir est pour sa part utilisé comme une première étape dans le cadre de la préparation de l’examen certifié AMF ; les résultats des étudiants se sont sensiblement améliorés grâce à une entrée plus dynamique dans le sujet (vidéo, illustrations, quizz, etc.).

Au-delà des programmes officiels, une piste très intéressante expérimentée à GEM est celle du recours au Mooc sur la base du volontariat et en dehors du programme, pour proposer à nos étudiants, sans attendre de pouvoir proposer un vrai cours, une première approche de sujets d’actualité sur lesquels l’institution ne dispose pas immédiatement des compétences suffisantes. C’est le choix fait il y a trois ans pour proposer aux étudiants des Spocs de codage ou de big data. Le succès se confirme chaque année, malgré l’ouverture progressive en parallèle de cours « officiels » concurrents : de 300 à 400 étudiants s’inscrivent chaque année volontairement et en quelque sorte  « bénévolement » avec un taux de complétude de l’ordre de 20% (contre les 5 à 10% habituels sur les moocs). Les clés du succès ? Un mouvement collectif et collaboratif impulsé par l’enseignant à l’initiative du projet qui propose aux étudiants de se lancer ensemble et d’avancer sur un rythme prédéfini, qui anime la communauté ainsi créée sur notre LMS, qui anime quelques temps de rencontre, lance quelques défis, et propose aux plus motivés un vrai examen ouvrant sur une attestation de compétences signée du directeur de l’école. Aucune reconnaissance pour autant dans les bulletins de notes.

Une dernière option d’utilisation de Moocs est à l’étude à GEM : son principe serait de tout simplement maintenir à jour une liste de ces ressources, dument sélectionnées en fonction de leur niveau d’accessibilité et de leurs degrés de réponse aux besoins potentiels de nos apprenants, et de les référencer dans le catalogue de la Bibliothèque. L’objectif serait d’aider les étudiants à identifier les ressources les plus pertinentes pour, par exemple, préparer des examens de rattrapage ou des prérequis avant le début d’un module, ou pour élargir leurs connaissances par rapport à un sujet donné. A voir quel service il faudrait associer à cette proposition pour favoriser la persévérance.

Ainsi, les Moocs élargissent encore le champ des ressources pédagogiques disponibles à la fois aux enseignants et aux étudiants. Leurs diverses modalités d’intégration possibles dans un établissement d’enseignement supérieur mettent en valeur un volet pas toujours assez reconnu de notre rôle d’enseignant : sélectionner les ressources les plus adaptées au stade de développement et aux besoins de nos étudiants et les rendre vivantes en accompagnant nos apprenants de plus ou moins près selon le contexte.

Boullier Dominique, « Moocs, en attendant l’innovation », Distances et médiation des savoirs  2014.

 

Armelle Godener et Marc Humbert
Grenoble École de Management

 

A propos d’Armelle Godener

Enseignant-chercheur, Armelle Godener est directrice de la pédagogie de Grenoble École de Management. Sa mission couvre la définition et la mise en œuvre des objectifs stratégiques liés aux enseignements, parmi lesquels la Transformation pédagogique de GEM au service du développement de compétences des étudiants de tous les programmes. Les efforts sont orientés vers une pédagogie résolument active et volontiers expérientielle : formation des enseignants – présentiel et online –  et accompagnement des projets d’innovation pédagogique par une équipe spécialisée, production de ressources numériques, incitation au changement.

A propos de Marc Humbert

Après une carrière d’enseignant-chercheur menée essentiellement à Grenoble École de Management, Marc Humbert est aujourd’hui professeur émérite dans cette même école et intervient à temps partiel pour enseigner en Science des Données et monter des projets pédagogiques. Il a notamment créé à GEM la cellule e-learning, aujourd’hui appelée le Digital Learning Center, impulsé la mise à disposition de nos ressources numériques sur Opencim dès les années 2000, et supervisé la préparation des premiers Moocs de GEM.

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