Remettre de la certitude dans un environnement très instable

Les Grandes écoles viennent de sortir de la période de confinement. Elles ont su relever ce challenge leur imposant, souvent à grand renfort de cours en lignes principalement synchrones, d’assurer une « continuité pédagogique » pour leurs étudiants. D’un côté, cette adaptation dans l’urgence à une situation inédite a démontré à nouveau – s’il subsistait encore des doutes à cet égard – la résilience et l’agilité des Grandes écoles françaises. D’un autre côté, elle a révélé une tendance à vouloir à tout prix retrouver un contexte familier ; remettre de la certitude dans un environnement très instable : un professeur, un cours, un horaire, et une plateforme – faisant office de salle de classe – permettant la diffusion, l’échange, et surtout l’exercice descendant de la majorité des enseignements que dispensent nos institutions.

 

Une opportunité de réinvention

Cette phase de confinement – nous l’espérons tous – est désormais derrière nous. Pour autant elle nous conduit vers deux nouvelles étapes : une première, pour la rentrée 2020-2021 où la tourmente demeure, et une seconde dès 2021 où les Grandes écoles parmi les plus imaginatives et agiles tireront les enseignements de ces différentes expériences vécues pour construire de nouveaux modèles, pouvant devenir une nouvelle normalité, et ainsi profondément redessiner l’environnement des Grandes écoles. Car au-delà des externalités néfastes induites par cette crise sanitaire, quelques respirations et un peu de hauteur laissent à penser qu’elle est aussi une source d’opportunités de réinvention comme rarement l’enseignement supérieur en général et les Grandes écoles en particulier n’ont eu l’occasion de connaître.

 

Vers une transformation de la chaine de valeur de l’enseignement

La brèche ouverte au digital, si elle ne doit en aucun cas être occultée ou minimisée, elle ne doit pas non plus être sacralisée. Elle va certes potentiellement permettre de rendre la diffusion et l’impact d’une Grande école exponentiels ou encore de démultiplier ses opportunités de déploiement. Mais la diffusion, l’impact, et le déploiement de quoi ? La question de la donnée d’entrée et de la place de la technologie dans la chaîne de valeur devient alors essentielle avant même de penser à une éventuelle scalabilité. Ce qui entraîne nécessairement de réinventer la chaîne de valeur de l’enseignement, la transformer pour l’adapter à une nouvelle réalité, de nouvelles attentes, en intégrant l’incertitude et en la reconnectant avec la finalité de nos parties prenantes que sont les étudiants, les entreprises, et l’ensemble de la société.

 

Questionner les nouvelles réalités…

Il y a donc fort à parier que la réinvention des Grandes écoles s’opérera par la création de nouveaux comportements et de nouveaux systèmes de valeurs. Un important changement culturel, où les identités, les valeurs, les vocations et les missions devront encore plus intensément servir de bases pour opérer les transformations nécessaires des institutions afin qu’elles s’adaptent à une nouvelle réalité. En s’attaquant au cœur du réacteur : quels sont les savoirs, les connaissances, et les parcours qui permettront aux étudiants de s’engager dans l’avenir qu’ils souhaitent, qui combleront les besoins et les attentes des entreprises, et permettront de créer un monde meilleur en adressant les grands challenges environnementaux, climatiques ou encore sociaux ? Et que nous devrons être capables de traduire en compétences activées… ou à tout le moins activables.

 

… Pour imaginer l’après

Dès lors, imaginer l’après c’est être capable de définir cette nouvelle réalité : créer des architectures. De contenus. De parcours de formation. D’expériences et de contextes d’apprentissages diversifiés, hybrides, et différents en fonction des projets et des personnalités des parties prenantes. Et de passer d’une éducation statique et descendante à une éducation dynamique, en flux, à partir d’une créativité partagée et connectée. Une vision donc, d’un avenir différent et d’une nouvelle normalité pour nos missions et nos institutions que chacun de nous sera libre de comprendre et d’opérationnaliser, car « L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons en faire » (Henri Bergson).

 

Sébastien Chantelot,
directeur de La Rochelle Business School

 

A propos de Sébastien Chantelot

Sébastien CHANTELOT est Directeur de La Rochelle Business School, récemment accréditée EQUIS, et Vice-Dean aux Affaires Académiques d’EXCELIA Group. Docteur en sciences économiques de l’Université Toulouse 1 Capitole, enseignant-chercheur en Entrepreneuriat et Stratégie d’Entreprise, ancien Directeur de l’ESC Pau Business School, il possède près d’une vingtaine d’années d’expérience dans l’enseignement supérieur dont la moitié passée en Université et l’autre dans des Grandes Ecoles de Management.

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