Evolution de l’ordonnance regroupements, offre sur Parcoursup : les annonces de F. Vidal à la CGE

Avec l’aimable autorisation de Newstank

« Nous travaillons sur l’article 5 et la version qui sera présentée au Cneser ne parlera pas de droit commun et de dérogation possible dans les statuts, mais indiquera simplement que les statuts prévoient l’organisation entre les différents établissements qui s’associent pour former ces nouveaux établissements », déclare Frédérique Vidal, ministre de l’Esri, à propos de l’avant-projet d’ordonnance permettant des expérimentation de gouvernance au sein des regroupements, à l’occasion du congrès 2018 de la CGE, qui se tient à Lille le 04/10/2018.

 

Cet article 5 porte sur les relations entre l’établissement expérimental et l’établissement composante dans le cas de deux structures publiques. En l’état actuel, le texte :

  • prévoit que les statuts de l’établissement expérimental définissent les conditions dans lesquelles ses composantes, dotées ou non de la personnalité morale, peuvent bénéficier de l’accréditation à délivrer des diplômes ;
  • indique également que l’établissement expérimental peut « demander communication de leurs documents, actes et délibérations budgétaires pour les soumettre à son avis ou à son approbation afin de vérifier qu’ils respectent sa stratégie, ses orientations et ses délibérations ».

 

La ministre entend répondre, à Lille, à l’inquiétude de la Conférence des grandes écoles au sujet de cet article, qui craint que celui-ci « retire aux écoles leurs attributs en définissant un régime de droit commun ». Selon Anne-Lucie Wack, présidente de la CGE, les écoles craignent de devoir « réclamer » pour « récupérer leur habilitation à délivrer des diplômes ou l’affectation directe de [leur] crédits ».

« Ma volonté est de mettre à disposition des établissements la boîte à outils idéale pour que tout le monde s’y retrouve, tout en respectant au maximum les demandes des uns et des autres », affirme Frédérique Vidal aux dirigeants des grandes écoles.

Autre sujet majeur dans l’année à venir pour la ministre de l’Esri : la lisibilité de l’offre de l’enseignement supérieur après la mise en place de Parcoursup. « L’une des choses qui m’ont le plus frappée, c’est que cette plateforme puisse contenir plus de 13 000 formations et ça ne me paraît pas forcément raisonnable de proposer aux jeunes un choix aussi peu lisible en termes d’offre de formation ».

Une offre que Frédérique Vidal souhaite simplifier, « bien sûr en conservant la richesse et la diversité ». Elle évoque des pistes de classification des formations « peut-être par type de métiers visés ou par type de grands secteurs ou domaines, de façon à simplifier les choses ».

La ministre répond également aux directeurs des grandes écoles sur :

  • le grade de licence pour le bachelor,
  • la question des frais de scolarité et de la dotation des Eespig.

Ordonnance : la raison d’être du projet selon Frédérique Vidal

La ministre souhaite une ordonnance « la moins verbeuse possible » pour ne pas ajouter de contraintes et pour que « tout le monde se sente à l’aise ». Elle insiste, une nouvelle fois, sur l’importance du « projet commun et de l’ambition commune », pour répondre à des objectifs divers :

  • « des établissements qui vont utiliser cette ordonnance pour répondre notamment aux attentes du jury Idex en faveur d’un modèle plus intégrateur ;
  • ceux qui souhaitent répondre à la question du classement de Shanghai qui estime que la juxtaposition d’établissements ne peut pas être identifiée comme un établissement. »

« Il est très important, tout en gardant les spécificités de chacun, de pouvoir se présenter comme un bloc attractif.

Si vous regardez toutes les grandes universités dans le monde, elles sont pluridisciplinaires, c’est-à-dire que l’on peut répondre à des défis sociétaux en mobilisant plusieurs disciplines. Ce sont des établissements dans lesquels les étudiants peuvent avoir des doubles cursus, ce sont des endroits où les cultures et les méthodes pédagogiques diffèrent, ce qui permet de former des équipes d’étudiants qui vont ensuite proposer des projets d’entrepreneuriat, de création de start-up, et qui se nourriront du fait qu’ils seront passés pas des chemins différents pour arriver à un niveau d’étude identique. C’est une diversité, une richesse et une source de créativité extrêmement importante.

Si les établissements d’un site se mettent d’accord sur le fait qu’ils sont au service, à la fois du rayonnement de leur territoire et plus largement de celui de la France et de l’Europe, le niveau de granularité auquel ils se présentent peut être différent.

Vous êtes beaucoup plus forts pour parler avec des universités internationales si vous vous présentez comme une école faisant partie d’un écosystème », déclare Frédérique Vidal.

 

Le diplôme, « colonne vertébrale » des écoles

Anne-Lucie Wack interroge la ministre au sujet de la signature des diplômes, que la présidente de la CGE considère comme « l’identité, la colonne vertébrale » des écoles.

Selon Frédérique Vidal, la double signature « qui se pratique naturellement dans de nombreuses écoles d’ingénieurs, n’empêche pas que le projet pédagogique de l’école, sa gouvernance, la façon dont sont organisées les formations, aient un processus d’accréditation particulier au travers de la CTI ou de la CEFDG ».

Elle estime qu’il faut « replacer l’étudiant au cœur du système » pour qu’il puisse « se revendiquer d’une école ou d’un autre établissement selon la personne ou l’établissement auquel il s’adresse ».

 

La question du grade licence pour les bachelors

« Sujet brûlant » pour Anne-Lucie Wack, la question de la reconnaissance du grade de licence pour le bachelor est un « véritable enjeu pour l’attractivité internationale de notre enseignement supérieur et pour la lisibilité de l’offre de formations ».

Pour la ministre, « la question de l’offre de formations et des diplômes est une question qu’il faut voir dans sa globalité. Il faut faire en sorte que les familles et les étudiants soient capables de distinguer les formations “synonymes“ de qualité, des autres qui le sont parfois beaucoup moins. Aujourd’hui, tout le monde peut proposer un diplôme appelé bachelor ». Le fait que ce terme ne soit « absolument pas contrôlé en France, m’empêche de dire qu’un bachelor donne droit à un grade de licence ». Car, tous pourront y prétendre, « y compris ceux qui, à mon sens, ne le valent pas ».

« Il faut que la qualité des formations soit garantie, que ce soit une offre publique, d’établissements à but lucratif ou non. Et une des façons de certifier cette qualité est effectivement d’avoir un diplôme reconnu par l’état français et donc au niveau européen ».

« J’entends bien le fait que le diplôme de bachelor soit reconnu au niveau international. Néanmoins, au niveau européen, les établissements utilisent le système LMD. Il faut faire très attention à ce que nous ne nous remettions pas à développer une offre de formation qui ne soit pas sur ces standards européens. Et c’est là toute la difficulté de prendre une décision générale sur le bachelor. Il me semble être de la responsabilité collective de définir ce qu’est un bachelor donnant le grade de licence. »

De plus elle s’interroge sur la pertinence de délivrer un grade équivalent à trois ans de formation lorsqu’un étudiant suit un cursus de quatre ans.

Autre élément à prendre à compte : la place de la recherche, « indissociable de l’enseignement supérieur », selon la ministre.

« Je crois que c’est essentiel, car c’est ce qui qualifie dans le monde entier les études supérieures ».

 

Parcoursup : un atout ou un frein pour l’attractivité à l’international ?

Interrogée par Laurent Champaney, directeur général d’Arts et Métiers Paris sur le risque que les bacheliers se détournent des formations françaises, la ministre indique que « ce n’est pas du tout ce que l’on observe. Globalement, en termes d’affectations à travers la plateforme, il y a eu une augmentation totalement corrélée avec celle du nombre de bacheliers. Je ne pense pas que cela ait eu un impact quelconque. Il y a toujours des jeunes qui veulent partir étudier à l’étranger et c’est aussi très bien. »

Elle précise aussi que sur « 800 000 candidats, 630 000 sont des bacheliers. La différence, c’est, à peu près, 100 000 jeunes en réorientation. La différence, ce sont également des étudiants internationaux qui utilisent la plateforme. Nous n’avons pas encore complètement regardé les statistiques. Mais, en tout cas, sur le transfrontalier, cela a été relativement important cette année. »

 

Les droits de scolarité des grandes écoles

La ministre indique que l’important est que « les droits d’inscription soient discutés et s’accompagnent d’une politique sociale. Il ne faudrait pas qu’ils empêchent un certain nombre de jeunes d’accéder à certaines écoles. »

Et d’ajouter :

« Ce qui est clair, c’est qu’à l’international, peu de gens comprennent le système français. Pour un certain nombre de nos concitoyens également, plus c’est cher, meilleure est la formation. J’évoquais la lisibilité de l’offre de formation et la régulation : il faut être capable – je ne sais pas sous quelle forme – d’afficher le coût réel d’une formation et le taux de subvention par l’État de la formation en question, en fonction du type d’établissement.  »

 

Hausse des frais de scolarité dans des écoles d’ingénieurs publiques

Elle précise, au sujet de l’augmentation des frais dans les écoles d’ingénieurs publiques, à la rentrée 2018 :

« À partir du moment où une école estime que, pour mieux former et pour développer la recherche, il faut augmenter les droits d’inscription, je n’ai pas de raisons de le refuser – si la communauté en a discuté en interne et s’il est prévu les mécanismes qui permettent de ne pas avoir d’évictions sociales.

Les CA d’écoles centrales et l’ensemble des représentants – étudiants, personnels et direction – ont été capables de me présenter un plan global qui convient à l’ensemble de l’école. C’est très important de laisser les écoles se développer.

Certaines font appel au mécénat au travers de fondations, d’autres développent la formation professionnelle : ça fait partie des stratégies des établissements. Je ne vais pas décider tout d’un coup d’augmenter les droits d’inscription dans les écoles, ce n’est pas comme cela que ça marche. »

 

« Compenser la baisse des financements des Eespig »

Interrogée par News Tank au sujet des subventions versées au Eespig (établissements d’enseignement supérieur privé d’intérêt général), Frédérique Vidal déclare : « L’augmentation globale de l’Esri nous permet d’abonder la ligne des financements dédiés aux Eespig, afin d’essayer de compenser la très forte baisse de leur financement par le passé. »

 

Territoires : « L’État doit dire clairement ce qu’il entend exercer lui-même au titre régalien » (X. Bertrand, président des Hauts-de-France)

Lors de la table ronde dédiée à la transformation des territoires, le 04/10/2018, Arnaud Poitou, directeur de Centrale Nantes évoque la question de « l’organisation des politiques publiques en France. L’intervention de l’État amène des outils sur comment il faut faire. Il nous faudrait des politiques qui nous disent quoi faire et pas comment le faire. Je suis un fervent défenseur du pilotage de l’ESR par les régions. »

Présent dans la salle, Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France rebondit sur la répartition des compétences État/régions :

« Notre système ne fonctionne pas comme il devrait fonctionner. Nous sommes à la veille d’une bascule indispensable si nous voulons que ce pays devienne efficace pour rester pionnier dans l’excellence et pour réduire des fractures : il nous faut absolument redéfinir le rôle de l’État. L’État doit dire clairement ce qu’il entend exercer, lui-même, au titre régalien : sur quels sujets l’État redevient stratège et garant? Si le cadre est fixé, nous serons dans un pays plus efficace.

Ce n’est pas un discours contre l’État : je plaide pour que l’État, en région, soit plus fort et pour que la technostructure nationale parisienne soit beaucoup plus faible. J’ai besoin de l’État partenaire, mais un État qui soit conscient des réalités, ce que je trouve dans la préfectorale. Que l’ESR et les régions soient davantage partenaires, je dis oui. Je ne tiens pas à prendre la place de l’État, mais il faut que les régions prennent toute leur place en partenariat.

Ce qui m’intéresse avec la CGE et ses travaux, c’est : comment on peut avoir un temps d’avance pour anticiper les transformations des territoires ? C’est ce que la région fait avec la 3e révolution industrielle, car il y a la question de suppression de certains métiers et d’emplois. Or, je ne peux pas me permettre d’avoir des bataillons de chômeurs supplémentaires. Les grandes écoles symbolisent l’excellence. Mais quand vous vous dites “acteurs des territoires“, ce qui est important, c’est aussi la réduction des fractures dans ces territoires. »

 

X
X