« L’hybridation des compétences peut donner lieu à la création de nouveaux métiers combinant plusieurs domaines »

L’hybridation des compétences est devenue un leitmotiv dans la plupart des études de prospectives des métiers. Cette tendance correspond à la digitalisation des métiers et des organisations qui conduit à rechercher des compétences étendues pour de plus en plus de postes compte tenu de la complexification et de l’automatisation de certaines tâches à faible valeur ajoutée avec l’automatisation et la robotisation. Les compétences techniques, dites « hard skills », vont alors « s’hybrider », mais nécessiter aussi en contre partie des profils plus polyvalents capables de mobiliser des compétences plus transversales, les fameuses « soft skills ».

Cette hybridation des compétences peut donner lieu à la création de nouveaux métiers combinant plusieurs domaines qui sont parfois éloignés en termes de cursus (Intelligence Artificielle et droit de la data, marketing et ethnographie, etc.). Le pôle Léonard de Vinci est un acteur pionner de cette logique d’hybridation des compétences puisqu’il regroupe une école d’ingénieurs (l’ESILV), une école de management (l’EMLV) et une école du web et du digital (l’IIM). Les étudiants des 3 écoles sont ainsi amenés à travailler ensemble dans des phases pré-définies de leur cursus durant chacune des années.

 

Quels enjeux pour les établissements de l’enseignement supérieur ?

Le premier enjeu est celui de trouver les compétences à hybrider qui correspondent à des métiers qui sont en pleine transformation ou création. Les combinaisons sont multiples et on a vu de nombreuses formations hybrides apparaitre au sein des écoles de la CGE (ingénieur/manager, management et droit, management et architecture, ingénieur et santé, etc.). La question est donc de bien identifier et anticiper les besoins réels des entreprises en termes de compétences sachant que les programmes de formation peuvent durer plusieurs années.

Le second enjeu est de construire des architectures de programme de plus en plus complexes car elles doivent combiner l’acquisition des fondamentaux de la filière d’origine et des compétences connexes d’un nouveau domaine dans un volume d’heures qui n’est pas extensible. C’est à ce stade que les nouveaux formats pédagogiques (classes inversées, hackathon, blended learning, Moocs, etc.) peuvent apporter une réelle valeur ajoutée pour dépasser les contraintes d’acquisition de compétences liées au face à face pédagogique traditionnel. Au sein du pôle Léonard de Vinci, de nouveaux formats pédagogiques ont été développés dans le cadre de deux départements dédiés que sont le département soft skills et le département des pédagogies digitales. L’un des exemples les plus symboliques est le hackathon organisé chaque année sur une thématique de prospective (l’usine du futur, l’IA, les smart cities, etc.) et qui fait travaille en groupe les étudiants des 3 écoles du pôle pendant une semaine avec un pitch et un « démonstrateur » de leur solution.

Le dernier enjeu est celui de la reconnaissance de l’acquisition de connaissances et compétences hybrides avec des diplômes établis et reconnus par des organismes externes (CTI, CEFDG, RNCP, etc.) et/ou des certificats identifiables par les professionnels du secteur concerné. Il est important que les diplômés puissent attester de l’acquisition réelle de compétences hybrides aux entreprises. Il faut donc répondre aux exigences de plusieurs organismes de reconnaissance avec des standards très normés.

 

Le rôle des soft skills dans l’hybridation des compétences et les compétences étendues

L’acquisition de compétences hybrides ne doit pas se faire comme un millefeuille de compétences sans une logique de cohérence et de complémentarité par rapport à un métier ou de nouvelles formes d’organisation. Un travail de réflexivité sur le parcours global et une expérience étudiante de plus en plus riche (parcours à l’international, choix des stages et du type d’entreprises, projets étudiants dans le cadre de la vie associative, etc.) doit être mené par les étudiants avec un accompagnement spécifique des établissements. Au sein du pôle Léonard de Vinci, les étudiants de l’EMLV ont par exemple la possibilité de participer à des associations à orientation « technologique » par exemple (De Vinci fablab, Vinci eco drive, etc.) et un programme sur 5 ans reposant sur les soft skills a été mis en place pour les 3 écoles du pole Léonard de Vinci qui recrutent majoritairement après le bac.

Enfin, l’hybridation des compétences visent aussi à développer des compétences relevant des soft skills (comment se positionner dans un groupe de travail, comprendre le langage de ses interlocuteurs, avoir des outils communs pour la résolution de problèmes complexes, etc.) afin de permettre aux étudiants de travailler de manière opérationnelle au sein de groupes projet pluridisciplinaire. Il s’agit en parallèle de mettre en œuvre une « approche sociologique » des autres domaines pour que les étudiants puissent être opérationnels au sein de contextes professionnels soumis à de fortes tensions en termes de délais, de retour sur investissement, etc. Par exemple, lorsque les étudiants de l’EMLV suivent des cours de codage en première année du programme grande école, il ne s’agit pas d’en faire des codeurs mais bien de leur faire comprendre qu’il existe plusieurs types de codes possibles, la logique des développeurs, leur langage, leur manière de formuler un problème, etc.

Sébastien Tran
Directeur
EMLV

 

A propos de Sébastien Tran

Sébastien Tran a pris la direction de l’EMLV (École de management Léonard-de-Vinci) pôle Léonard-de-Vinci le 18 avril 2017. Il était directeur général adjoint de l’ISC Paris depuis octobre 2014.

Titulaire, en 2000, d’un DEA en organisation et innovation, il soutient un doctorat en économie industrielle « Intermédiation électronique et structuration des filières industrielles » à l’université Paris-Dauphine en 2003. Il obtient également une HDR (habilitation à diriger des recherches) en sciences de gestion à l’université de Rouen en 2013.

Sébastien Tran débute sa carrière comme responsable du pôle ESO (économie, stratégie et organisation) au sein du groupe Sup de Co La Rochelle en 2005. Il devient directeur pédagogique de l’établissement l’année suivante, puis directeur académique en 2007, ce jusqu’en 2010, date à laquelle il est doyen de la faculté à l’EM Normandie (2010-2014).

Dans le cadre de ses activités de recherche dans les domaines de l’innovation et des systèmes d’information, Sébastien Tran a publié dans de nombreuses revues à comité de lecture. Ses recherches actuelles portent sur l’innovation managériale, les technologies collaboratives et les incubateurs. Il est chercheur associé au M-Lab de l’université Paris-Dauphine depuis 2005.

 

A propos de l’EMLV

L’EMLV (Ecole de Management Léonard de Vinci) est une école supérieure de commerce et de management post-bac visé Bac+5 – Grade de Master – dispensant un programme Grande Ecole. Sa formation généraliste sur 5 ans ouvre vers de nombreuses spécialités. Parmi les points forts de l’école figurent le digital, le marketing, les RH, la finance, l’innovation et l’entrepreneuriat dans le contexte actuel de transformation digitale des entreprises. L’école située à Paris La Défense, accueille chaque année une promotion de sportifs de haut niveau dans le cadre d’un parcours adapté. Des enseignements et projets transversaux (20% du cursus) pouvant aller jusqu’à des doubles-diplômes existent avec les autres écoles du Pôle Léonard de Vinci (Ingénieur-Manager avec l’ESILV et Digital Marketing & Data Analytics avec l’IIM). La formation permet aux étudiants d’appréhender rapidement les exigences et codes de l’entreprise en France et à l’international. 1500 élèves – 6000 anciens élèves. Labellisée EESPIG, l’EMLV est membre d’AACSB, de l’EFMD, d’AMBA, de la CGE, de Campus France, de l’UGEI, de l’IAB, de Global Compact et de LearningLab Network – www.emlv.fr / www.devinci.fr

 

 

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