Par Sylvaine CASTELLANO, Directrice des Affaires Académiques de l’EM Normandie
L’internationalisation des Grandes écoles de management n’est pas un phénomène récent. Elles ont été parmi les premières à nouer des accords de partenariat sur l’ensemble de la planète, à accueillir des étudiants internationaux de très nombreux pays du globe et à ouvrir des campus hors de l’hexagone. Aujourd’hui, face aux défis qui les percutent, la prédominance anglo-saxonne et l’émergence de nouveaux concurrents, il faut aller beaucoup plus loin pour attirer les talents et imposer l’excellence made in France.
Dans un monde totalement incertain, les Grandes écoles sont incitées à explorer d’autres territoires, à innover pour défricher de nouveaux terrains de jeu et d’expression. Leur modèle, qui repose sur l’excellence, la sélectivité et l’insertion professionnelle sur le marché national, est sous tension. Plus que jamais, l’international doit être au cœur de la vision stratégique et constituer un élément fort de l’ADN des écoles.
Donc, à nous d’imaginer de nouvelles modalités de partenariats et d’être beaucoup plus agiles pour faire tomber nos propres limites. Nous devons à la fois investir à long terme pour définir une trajectoire performante, et accélérer dans un monde en transformation marqué par un renforcement de la concurrence où l’Ivy League fait la course en tête et des challengers lointains montent en puissance.
A l’EM Normandie, nous sommes bien entendu challengés en France, mais également dans les autres pays où nous sommes implantés et où nous souhaitons nous développer. Nous élaborons pour cela de nouvelles stratégies de communication dans chaque pays pour imposer notre marque et faire grandir notre notoriété. Nous multiplions également les liens avec les établissements locaux, les institutions, les entreprises et tous les écosystèmes, pour développer des collaborations et peser sur les territoires investis.
Diversification des ressources
Dans toutes les Grandes écoles, cette dynamique est un pilier de réussite et un levier de croissance indispensable. La crise du recrutement hexagonal, la concurrence, les difficultés économiques, tous ces facteurs poussent à une forte diversification des ressources via l’accroissement du recrutement d’étudiants internationaux, la signature avec des grandes entreprises mondiales et le développement de projets à forte valeur ajoutée hors de France. Autant d’initiatives pour stabiliser les business model et la pérennité des établissements.
La crise démographique sans précédent qui s’annonce en France, nous oblige donc à être encore plus créatif. Faisons un parallèle avec le sport de haut niveau : cela nous pousse à élever notre niveau de jeu qu’il s’agisse de compétences, de spécialisations, de savoir-faire pédagogique ou de recrutements au sein de notre faculté.
Central et indispensable
Aujourd’hui, une Grande école sans ambitions globales est vouée à l’échec. Et cela concerne toutes les filières : du Bachelor aux PGE en passant par les Master/ MSc ou l’executive education. C’est un élément de différenciation et un pilier central et indispensable pour continuer à croître. Imaginons un instant la réaction des étudiants s’ils n’avaient pas la possibilité de passer au minimum un semestre dans un autre pays, sans opportunité d’apprentissage des langues y compris exotiques, sans accords de prestige avec des institutions réputées, sans double-diplôme ou encore sans la possibilité de commencer leur vie professionnelle à l’étranger ? Leurs exigences sont parfaitement légitimes et nous devons y répondre, et aller encore plus loin pour séduire les candidats.
Bien entendu, la grande difficulté consiste à s’internationaliser dans un monde qui se polarise, se ferme et s’ouvre au gré des crises géopolitiques. Nous ne pouvons pas intervenir directement sur ces dynamiques, mais nous pouvons en atténuer les effets grâce à des accords, à des implantations dans des pays à faible risque et aux nouvelles technologies, qui permettent notamment de basculer instantanément du présentiel au distanciel.
Zones à fort potentiel
A l’EM Normandie, nous avons initié une stratégie en quatre points qui reprend les grands défis auxquels nous sommes confrontés. Nous travaillons avec des partenaires reconnus dont la réputation est solide, mais qui doivent engendrer de nouvelles interactions favorisant la création de valeur, voire de nouveaux marchés pour nous. Ensuite, nous avons élargi le recrutement des talents du monde entier avec des zones à fort potentiel, notamment en Asie ; et ce malgré des acteurs majeurs. Notre hub de Dubaï représente à cet égard un investissement décisif. Au-delà de cette implantation iconique, la reconnaissance par les autorités locales est selon nous un game changer structurant. A l’instar de nos deux autres campus internationaux : Oxford et Dublin. Le fait que des états accréditent avec leurs propres critères la valeur de nos programmes est un atout décisif pour les candidats, plus attentifs à la crédibilité des parcours ou des diplômes.
Le choix de campus en propre, qui vient compléter une offre de partenaires très large, s’avère aujourd’hui une stratégie payante. Alors bien sûr, cela implique de prendre des risques à très long terme et d’accepter un démarrage parfois trop lent. Mais il faut y voir un investissement dont les retombées se mesurent dans la durée.
Technologie
Dernier axe : la recherche. La concrétisation de projets internationaux financés renforce les ambitions que nous portons collectivement au sein de la Conférence des grandes écoles. L’excellence académique s’impose également comme un élément de différenciation évalué de près, notamment par les accréditations européennes et américaines (EQUIS, AACSB et AMBA). Les notions d’impact y sont particulièrement observées et nos efforts dans ce domaine produisent des résultats de plus en plus significatifs.
Enfin, la technologie nous aide avec l’émergence de l’IA à voir plus grand, avec la création de programmes on-line plus interactifs, plus naturels et plus personnalisés. Nous étions parmi les premiers à avoir proposé notre PGE en ligne il y a plus de 20 ans et le succès rencontré démontre que le potentiel est important. Pour cela, la maîtrise des nouvelles solutions nous amène, là-encore, à faire un pas de côté sur le plan académique. Nous faisons donc face à des défis stimulants qui créent certes de l’incertitude, mais également un gisement d’opportunités inégalé. Saisissons-les.
À propos de l’EM Normandie
Fondée en 1871 parmi les premières Grandes écoles de commerce françaises, l’EM Normandie s’est imposée comme une institution de référence dans le monde des Business Schools. Elle détient les accréditations internationales EQUIS, AACSB et AMBA. Avec plus de 6 000 étudiants dans ses programmes de formations initiales diplômantes et 30 000 membres de l’association Alumni EM Normandie à travers le monde, l’école est implantée sur six campus, à Caen, Le Havre, Paris, Oxford, Dublin et Dubaï. L’EM Normandie forme les managers de demain, futurs gouvernants responsables préparés à la conduite du changement dans un environnement multiculturel, et elle accompagne les salariés et dirigeants d’entreprises tout au long de leur carrière.