Crise sanitaire : le risque du désengagement ou la conscientisation des enjeux ?

Depuis un an, cette crise sanitaire touche fortement nos établissements d’enseignement supérieur.

Elle bouscule notre vision de l’éducation et des relations professeurs-étudiants et nous interroge sur notre raison d’être et nos motivations. Elle souligne les questions sur le monde dans lequel nous voulons vivre.

Elle met en évidence les enjeux d’un engagement partagé, pour être capable d’affronter, individuellement et collectivement, les périodes incertaines que nous vivons.

 

 J’ai voulu faire une relecture de cette notion de l’engagement dans nos établissements d’enseignement supérieur, à travers les différentes moments-clés de cette crise sanitaire. Depuis le mardi 17 mars 2020, jour 1 du premier confinement, nous avons déjà vécu plusieurs phases. Au moment où j’écris cette tribune, mi-février 2021, nous sommes dans la 4e phase.

 

1ère phase : Printemps 2020, premier confinement mi-mars. Stupeur et sidération.

Un engagement en mode survie, au service du maintien absolu de la formation.

Obligation brutale pour nous tous, enseignants et étudiants, de passer du jour au lendemain en 100% distantiel. Nous voilà dos au mur, obligés de prendre de plein fouet une accélération forcée du passage au Digital. Stress des équipes pédagogiques et informatiques, formation en urgence aux nouveaux outils digitaux, refonte accélérée des synopsis pédagogiques. Les professeurs font au mieux pour assurer les cours. Les étudiants découvrent le distantiel, les problèmes d’équipements, la difficulté de travailler depuis leur domicile, dans l’isolement ou au contraire immergé dans leur famille. L’ambiance mondiale est celle d’une anxiété généralisée devant la peur de la mort et l’inconnu de cette pandémie. Impossible de se projeter dans l’avenir. En ce printemps 2020, les media s’interrogent sur « le monde d’après ». Mais, dans ce contexte d’urgence vitale, les grandes causes Sociétales ne sont peut-être pas alors celles qui mobilisent le plus collectivement dans nos écoles.

 

2ème phase Eté et automne 2020 : Libération sous surveillance et retour à un semblant de normalité.

Un engagement ancré dans l’humain, centré sur les liens de proximité

L’été arrive et chacun de nous, enseignants et étudiants, retrouve un peu « sa vie d’avant » : vie familiale, vie sociale, vacances. Un peu de légèreté festive. L’engagement se recentre à court terme vers nos proches, notre vie quotidienne. Les cinémas, théâtres et expositions ouvrent à nouveau. Les jeunes se retrouvent en terrasse. Avec cette insouciance du présent, renaissent les possibles espérances dans l’avenir. L’horizon temporel se libère. La rentrée s’effectue, en « présentiel hybride synchrone » dans un certain nombre d’établissements. Nous revenons dans nos locaux. Des masques, du gel, des effectifs étudiants réduits de moitié dans les salles, mais une mobilisation positive de tous. Les associations d’étudiants cherchent comment exister, malgré la distanciation et l’interdiction d’organiser des événements. Elles se mobilisent autrement, à travers les outils digitaux, pour proposer des rencontres,  de la convivialité et du soutien. Dans nos établissements, l’engagement est dans le lien humain retrouvé, entre étudiants, entre professeurs et étudiants. On y croit tous. On veut y croire.

 

3ème phase, Novembre et Décembre 2020, le 2ème confinement. Un coup d’arrêt. De trop ?

Un engagement inquiet et solidaire, au service de ceux qui risquent de perdre pied

 Ce nouveau confinement est particulièrement difficile à vivre pour tous. Le premier avait pour lui l’étrangeté de la situation. Tout y était nouveau, « inédit », selon ce terme qui revenait souvent. Et l’effort d’adaptation prenait parfois le pas sur les difficultés quotidiennes. Rien de tel pour ce second confinement, où tout est déjà connu. La lassitude et la morosité s’installent chez les étudiants, le retour au 100% distantiel est très difficile. Les risques sont multiples pour eux. Perdre pied scolairement, par manque de sommeil et difficulté à se concentrer toute la journée devant son écran. S’angoisser pour l’avenir : comment financer ses études quand il n’y a plus de petits jobs possibles, comment trouver son stage en période de crise ? Déprimer dans cette solitude imposée, loin des amis et des moments festifs de la vie en école. S’inquiéter pour les proches malades. Les professeurs sont à l’écoute des difficultés personnelles de leurs étudiants. Notamment des plus jeunes, qui sont très affectés. L’engagement se matérialise dans cette vigilance solidaire et l’accompagnement.

 

4e phase, de janvier 2021 à ce jour, 20 février : un retour dans nos écoles sous conditions.

Une possibilité d’un engagement collectif partagé, à l’aube de cette nouvelle année 2021 ?

Des aménagements sont réalisés, les étudiants reviennent progressivement, par demi-promo, 1 ou 2 jours par semaine. Les premières années sont privilégiés, ils étaient les plus fragilisés par la crise et les confinements. Leur bonheur de se retrouver ensemble dans leurs écoles ! Au jour où j’écris cette tribune, l’avenir est encore incertain et l’on parle d’un 3e confinement possible. Néanmoins, l’avenir s’ouvre enfin plus définitivement, avec le vaccin. Nous savons que nous allons pouvoir à nouveau nous projeter dans l’avenir, individuellement et collectivement. Nous projeter dans quel monde ? Quel projet collectif souhaitons-nous partager avec nos étudiants ? Quel sens donner à notre mission éducative ?

 

Un témoignage personnel : au Pôle Léonard de Vinci nous venons de réaliser, en février, deux Hackathons successifs sur les enjeux de la Transition, avec 2 journées en présentiel et 3 journées en distantiel. Le premier Hackathon rassemblait nos 1200 première année de nos 3 écoles, autour des enjeux de l’Alimentation Durable et de ses impacts sur le Climat, la Biodiversité et les Humains. Le second Hackathon s’est achevé vendredi dernier. Destiné à nos 1.250 étudiants de 4e année, il leur a permis de découvrir les enjeux des Low-Tech. Comment faire coïncider Innovation Technologique, réduction de l’impact Carbone et préservation des Ressources Naturelles. Nous avons trouvé des étudiants engagés, impliqués, heureux de découvrir, à travers leurs projets, que leurs actions peuvent contribuer à changer le monde. 2021, une année propice pour l’engagement ?

 

Laure Bertrand, Enseignant-chercheur
Directrice Soft Skills, Développement Durable et Carrières du Pôle Léonard de Vinci (EMLV, ESILV, IIM)

 

A propos du Pôle Léonard de Vinci

Pôle Léonard de Vinci est composé de trois établissements d’enseignement supérieur délivrant des diplômes reconnus qui couvrent des champs disciplinaires complémentaires, notamment dans le secteur du numérique : une école de commerce, l’EMLV (Ecole de Management Léonard de Vinci) ; une école d’ingénieurs, l’ESILV (Ecole Supérieure d’Ingénieurs Léonard de Vinci), et une école du digital, l’IIM (Institut de l’Internet et du Multimédia). 1 Laboratoire de recherche commun aux 3 écoles : De Vinci Research Center (DVRC). En 2020, il compte 7500 étudiants (dont plus de 1500 en alternance), + de 11000 diplômés, 300 collaborateurs (dont 180 enseignants et enseignants-chercheurs) et plus de 700 vacataires issus du monde universitaire et professionnel. Créées en 1995, les écoles sont rassemblées au Pôle Universitaire Léonard de Vinci à Paris – La Défense. Le campus s’organise autour de valeurs communes que sont l’hybridation, la professionnalisation, l’internationalisation, l’ouverture sociale, le sport et la culture d’entreprise. L’hybridation est le résultat de la transversalité qui existe entre les écoles : cours & projets en commun, développement progressif et intensif des soft skills, incubateur, FabLab, vie associative, activités sportives, double-diplômes… Ingénieurs, managers, designers et développeurs apprennent à vivre et à travailler ensemble au-delà des frontières de leur propre cursus. www.devinci.fr

 

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