Prévention des conduites addictives, santé globale et mobilisation collective
Par Vincent Couteaux, Adjoint à la Direction – Vie de campus à l'EPF
À l’EPF, la prévention se construit avec les étudiants, les personnels et les partenaires du territoire. Formation, pair-aidance, événements et accompagnement santé composent une démarche continue, concrète et non stigmatisante.
De la sensibilisation ponctuelle à une culture de prévention
La prévention des conduites addictives dans l’enseignement supérieur ne peut plus se limiter à quelques messages diffusés avant les temps festifs. Elle suppose d’agir toute l’année, de tenir compte des usages réels, de former celles et ceux qui encadrent la vie étudiante et de proposer des alternatives concrètes. C’est la démarche engagée par l’EPF, école d’ingénieurs généraliste, avec une politique qui associe prévention des addictions, santé mentale, lutte contre les violences sexistes et sexuelles et qualité de vie sur les campus.
En 2025, le programme soutenu par la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives (MILDECA), a permis d’intensifier cette dynamique auprès des étudiants comme des personnels. Le parti pris est simple : rendre la prévention visible, accessible et participative, sans jugement. L’objectif n’est pas seulement de transmettre des connaissances sur l’alcool, le tabac, le cannabis, les médicaments psychotropes, les drogues ou les jeux d’argent. Il s’agit aussi de développer la capacité à repérer une situation préoccupante, à adopter des comportements protecteurs, à aider un pair et à solliciter les bons relais.
Former les personnels pour mieux comprendre et orienter
Les personnels sont des acteurs essentiels de cette politique. Au contact quotidien des étudiants, ils peuvent percevoir une rupture de comportement, un isolement, une baisse inhabituelle d’assiduité ou une situation de vulnérabilité. Encore faut-il disposer de repères et savoir comment intervenir sans se substituer aux professionnels de santé.
Une session spécifique consacrée à l’alcool, aux benzodiazépines et aux médicaments apparentés, dits « Z-drugs », a ainsi été organisée en juillet 2025. Elle visait à mieux comprendre les effets et les risques associés à ces produits, à prévenir les consommations problématiques et à donner aux participants des clés pour agir ou venir en aide à un étudiant, un collègue ou un proche. Cette montée en compétence contribue à installer un langage commun et une vigilance partagée. Elle rappelle également que les addictions ne relèvent ni d’un défaut de volonté ni d’une question exclusivement individuelle, mais appellent une réponse adaptée, confidentielle et orientée vers l’accompagnement.
Donner un rôle actif aux étudiants et aux responsables associatifs
À l’EPF, les étudiants ne sont pas considérés comme de simples destinataires. Ils participent à la conception, au relais et à l’animation des actions. Cette logique de prévention par les pairs est particulièrement importante dans la vie associative, où les responsables étudiants organisent des événements, encadrent des groupes et influencent le collectif.
Les étudiants engagés dans les listes candidates au BDE ont bénéficié d’une formation immersive portant sur les violences sexistes et sexuelles, le consentement et l’alcool. À l’aide de casques de réalité virtuelle et de mises en situation, ils ont été amenés à identifier les signaux d’alerte, à questionner les comportements banalisés et à réfléchir aux réactions appropriées. Cette formation prépare aussi bien les futurs responsables du BDE que les étudiants appelés à piloter d’autres associations.
En septembre, 60 responsables associatifs ont par ailleurs suivi une sensibilisation dédiée. Le message de prévention a été coporté avec 28 collaborateurs parrains et marraines d’associations. Cette alliance entre engagement étudiant et accompagnement institutionnel renforce la continuité des messages. Elle évite que la sécurité et la prévention reposent sur une seule personne et favorise des réflexes communs lors de la préparation des événements. Elle permet aussi d’installer une culture d’entreprise.
Depuis janvier 2025, des étudiants sont également formés comme sentinelles avec Nightline. Leur mission n’est pas de diagnostiquer, mais de détecter une difficulté, d’écouter avec justesse et d’orienter vers les ressources compétentes, en lien permanent avec une psychologue référente. Ce dispositif crée des points d’appui de proximité et facilite une demande d’aide parfois difficile à formuler.
Des formats concrets, ludiques et ancrés dans les usages
Pour toucher les étudiants, l’EPF diversifie les formats : affiches, écrans dynamiques, flyers, quiz et stands. En 2025, les campagnes ont notamment porté sur le cannabis, les addictions et le travail, les campus sans tabac et sans alcool, la santé mentale et les conduites addictives à la rentrée. Le Violentomètre a aidé à identifier les situations de violence. L’école relaie aussi toute l’année les campagnes nationales de prévention, de santé et de bien-être.
La démarche privilégie l’expérience. Lors d’un stand de boccia, des lunettes de simulation montrent comment l’altération de la perception, des réflexes et de la coordination complique une tâche simple. Le message se comprend par le geste et l’échange. Une animation similaire a été proposée pendant la Semaine olympique et paralympique.
D’autres initiatives s’appuient sur les centres d’intérêt des étudiants. Le Bureau des jeux a conçu les supports d’un tournoi de poker préventif abordant l’alcool, le tabac, la cocaïne, d’autres drogues, mais aussi les paris sportifs et les jeux d’argent. Un tournoi d’échecs réunissant 71 participants issus de 22 écoles a intégré des affiches et une prise de parole sur les addictions. Ces formats montrent que la prévention peut trouver sa place dans un événement convivial sans en dénaturer l’objet.
La promotion d’alternatives complète la stratégie. Un petit déjeuner équilibré, animé avec une nutritionniste, les représentants du Conseil de la vie étudiante et l’association Ecolophi, a mêlé alimentation, échanges et jeux de prévention. En décembre, l’Association Addictions France, dans le cadre de Fêtez Clairs, est intervenue sur les risques liés à l’alcool lors des soirées étudiantes et du gala.
Le Challenge Campus Cachan, un laboratoire territorial
Le Challenge Campus Cachan illustre l’ambition de dépasser les frontières de l’école. Sa deuxième édition, organisée le 2 octobre 2025 au stade Léo-Lagrange, a réuni 322 étudiants, contre 266 l’année précédente, issus de quatre établissements du territoire. En équipes de deux à quatre, les participants ont suivi un parcours mêlant prévention, sport, art et culture.
La mobilisation a réuni 27 stands de prévention, 17 associations étudiantes, 14 prestataires ou partenaires et plus de 80 étudiants staffeurs. Les participants ont circulé entre activités pédagogiques et ludiques, échangé avec des professionnels et découvert des ressources locales. Le Challenge valorise ainsi l’engagement, l’entraide et les choix éclairés.
Le comité de pilotage rassemble notamment la Ville de Cachan, le Crous, la MILDECA, la Conférence des grandes écoles et les établissements du territoire. Sept services municipaux, trois élus et six directions de l’EPF ont été mobilisés. Cette coopération consolide le réseau local de la vie étudiante. En 2025, le Challenge a reçu le prix de l’impact du « Challenge zéro risque » de la CGE et le « Your Future Award ».
Prévenir les addictions en prenant soin de la santé globale
Les conduites addictives sont liées aux autres dimensions de la vie étudiante. Stress, fatigue, difficultés financières, solitude, pression académique, santé mentale ou problèmes relationnels peuvent fragiliser les étudiants. L’EPF articule donc prévention et offre globale de santé et de bien-être.
Des référents santé et bien-être proposent toute l’année des ateliers et rendez-vous individuels ou collectifs : sophrologie, diététique, activité sportive, accompagnement psychologique, naturopathie et ostéopathie. Ces portes d’entrée permettent d’agir en amont, de prendre soin de soi et de rendre plus naturel le recours à un professionnel.
Le lien entre addictions, consommations, santé mentale et violences sexistes et sexuelles est explicitement travaillé. Étudiants et personnels suivent le module STOP VSS, développé dans le cadre du plan national de lutte contre les VSS. Une intervention du CIDFF croise violences et consommations, et une troupe de théâtre intervient auprès des nouveaux entrants. Cette approche relie les enjeux sans déplacer la responsabilité des auteurs de violences.
Vers des campus promoteurs de santé, sans tabac, sans alcool
En 2025, l’EPF est entrée dans une démarche de campus sans tabac, accompagnée par Avenir Santé et l’EHESP. Un comité de pilotage, une journée test et une enquête auprès des usagers ont associé information, consultation et expérimentation. La démarche s’inscrit dans la construction de campus promoteurs de santé, intégrant aussi l’alcool, la pratique sportive et les aménagements intérieurs.
Il ne s’agit pas d’effacer les consommations, mais de faire évoluer l’environnement, les usages et les représentations afin de dénormaliser les pratiques, réduire l’exposition, rendre les alternatives accessibles et accompagner les personnes souhaitant modifier leur consommation.
Cette trajectoire repose sur des principes transférables : agir toute l’année ; combiner formation, communication, expérimentation et orientation ; associer les étudiants, notamment les responsables associatifs ; former les personnels ; relier addictions, santé mentale et prévention des violences ; construire des partenariats territoriaux solides.
À l’EPF, la prévention devient une composante ordinaire de l’expérience étudiante. Présente dans les espaces de circulation, les événements sportifs, les temps associatifs, les rendez-vous de santé et la formation des équipes, elle constitue une responsabilité collective au service de campus plus attentifs, plus sûrs et favorables à la réussite de toutes et tous.
Vincent COUTEAUX, Adjoint à la Direction – Vie de campus à l'EPF
Responsable commercialisation puis chef de service événementiel et communication au sein de l'Île de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines, Vincent rejoint l'EPF en 2021. Chargé de l'expérience étudiante, il œuvre au développement de la vie étudiante et de l'engagement associatif. Investi dans la démarche d'amélioration continue de l'établissement, il est également pilote de processus multicampus dans le cadre de la certification ISO 21001.
À propos de l’EPF
Fondée en 1925 par Marie-Louise Paris, l’EPF est une école d’ingénieurs généraliste engagée dans les transitions écologiques, technologiques et sociétales. Historiquement pionnière dans la formation des femmes ingénieures, elle poursuit une ambition forte en faveur de la diversité, de l’inclusion et de la parité. L’école accueille plus de 2 600 étudiants de 130 nationalités sur quatre campus, à Paris-Cachan, Troyes, Montpellier et Saint-Nazaire. Son projet pédagogique vise à donner du sens aux apprentissages, encourager l’audace et cultiver une innovation positive. L’EPF propose notamment un diplôme d’ingénieur généraliste, des formations par apprentissage et des bachelors en ingénierie. Elle s’appuie sur une vie étudiante dynamique, un accompagnement de proximité et de nombreux partenariats académiques, associatifs, institutionnels et territoriaux. Forte d’un réseau de 15 000 Alumni présents dans 160 pays, elle prépare des ingénieures et ingénieurs capables d’appréhender des problèmes complexes et d’agir de manière responsable.
| + 2 600 étudiants |
4 campus |
130 nationalités |
15 000 alumni |
Sources
- EPF, site institutionnel : www.epf.fr (présentation de l’école, chiffres clés, campus et histoire)
- EPF, Compte-rendu du programme d’actions 2025 - convention MILDECA, document interne daté du 30 avril 2026.