Former à l’entrepreneuriat responsable : pistes de réflexion

L’engouement pour l’entrepreneuriat chez les étudiants ne se dément pas. Une enquête récente réalisée en partenariat avec le Moovjee révèle que 42 % des étudiants envisagent un jour de créer ou reprendre une entreprise et 70 % de ceux-ci l’envisagent dans les cinq prochaines années. Un précédent baromètre montre que pour 84 % des étudiants l’entrepreneuriat représente une forme d’engagement sociétal. Ceci est en ligne avec cette tendance de fond que l’on observe chez les étudiants : une quête de sens associée à la volonté d’être porteur d’utilité sociale. Une étude réalisée en partenariat avec la Conférence des grandes écoles met d’ailleurs en évidence une volonté d’engagement personnel et un attrait pour l’économie sociale et solidaire de la part des étudiants et alumni. Les formations doivent ainsi accompagner voire même catalyser cette mutation et se mettre à l’heure de l’entrepreneuriat durable et responsable. Mais de quoi s’agit-il précisément ? Et comment faire ? Voici quelques pistes de réflexion.

Plusieurs termes sont utilisés pour désigner des entrepreneurs qui contribuent au développement durable et responsable comme entrepreneur durable, écopreneur ou encore entrepreneur social. Ils ont en commun l’évocation d’un « entreprendre autrement » se caractérisant notamment par une exploitation d’opportunités créant de multiples formes de valeur (financière, créative, sociale, environnementale) ; une façon d’opérer collective et inclusive ; une responsabilité éthique, économique et écologique.

Plusieurs compétences nécessaires à cette forme d’entrepreneuriat sont déjà des compétences socles de l’entrepreneuriat conventionnel, mais l’entrepreneuriat durable et responsable a ses défis propres et appelle donc des compétences propres. Ces entrepreneurs doivent, en effet, gérer la responsabilité, l’équilibre entre les objectifs sociaux et commerciaux et l’identité hybride (économique et sociale). Nous proposons le référentiel suivant pour la formation des étudiants :

 

Savoir (Je sais !) ·       Comprendre les enjeux du développement durable ;

·       Développer un modèle d’affaires équilibrant les objectifs commerciaux avec les objectifs sociaux et environnementaux ;

·       Evaluer les impacts sociaux et environnementaux des décisions.

Savoir-faire (Je fais !) ·       Co-développer l’entreprise avec les différentes parties prenantes ;

·       Gouverner l’entreprise collectivement ;

·       Innover de façon responsable et durable.

Savoir être (Je suis !) ·       Empathie ;

·       Leadership responsable et exemplaire ;

·       Conscientisation.

Compétences (plus) spécifiques à l’entrepreneuriat responsable

(source : Ben-Hafaïedh, C. (2020), « Se former en rendant service à la communauté : quand des étudiants se font consultants pour des organisations sociales », Entreprendre & Innover, Vol. 45 No. 2, pp. 69-80)

 

En termes de pédagogies (actives), nous proposons plus particulièrement de s’orienter sur l’apprentissage dit situé qui a lieu par l’expérience de l’apprenant dans un environnement social particulier ou une communauté de pratiques. Cet apprentissage situé permet ainsi à la fois une construction d’identité et une construction de sens. Il permet aussi de former des étudiants qui n’ont pas tous vocation à créer ou reprendre une entreprise, que ce soit à court ou plus long terme, mais qui souhaitent développer une manière d’être au monde entrepreneuriale (dans la gestion de leur vie, en devenant intrapreneur, etc.). L’éducation à l’entrepreneuriat durable et responsable devrait permettre de répondre à ce double objectif. De plus, les formations à l’entrepreneuriat durable et responsable devraient apporter de la valeur pour l’étudiant mais aussi au-delà (communauté, organisation, etc.). Une forme d’apprentissage situé qui est l’apprentissage par le service permet cela. Les étudiants travaillent sur des projets qui répondent à un vrai besoin de la communauté. Par exemple, à l’IÉSEG School of Management, nous avons ainsi, depuis plus de 10 ans, des étudiants qui dans le cadre d’un cours de niveau Master réalisent un mécénat de compétences personnalisé pour de jeunes entrepreneurs sociaux (CREENSO). Ce module crée ainsi du savoir de façon expérientielle tout en contribuant à la production de bien sociétal.

Cyrine Ben-Hafaïedh,
Directrice Académique du Master en Stratégie et Transformation Digitale
IESEG School of Management

 

A propos de Cyrine Ben-Hafaïedh

Cyrine Ben-Hafaïedh est Professeure Associée à l’IÉSEG School of Management (campus de Paris) et Directrice Académique du Master en Stratégie et Transformation Digitale. Elle est passionnée par l’entrepreneuriat, l’innovation et l’impact social. Cyrine est spécialisée dans les problématiques d’entrepreneuriat collectif (ex : équipes entrepreneuriales, gouvernance d’entreprises, entrepreneuriat social). Elle a publié des livres, des articles et des études de cas sur ces sujets et consulte pour diverses organisations. Cyrine est membre du conseil d’administration du European Council for Small Business and Entrepreneurship (ECSB).

 

À propos de l’IÉSEG School of Management

Fondée à Lille en 1964, membre de l’Université Catholique de Lille, de la Conférence des Grandes Ecoles et de la FESIC, labellisée EESPIG, l’IÉSEG School of Management se positionne parmi les meilleures Écoles de Management et fait partie du cercle très fermé des écoles mondiales ayant décroché la triple accréditation EQUIS, AACSB et AMBA.

Ayant pour mission de former et de faire grandir les acteurs du changement œuvrant pour une société meilleure (Empowering changemakers for a better society), l’École propose à ses 7 000 étudiants, répartis sur ses 2 campus de Lille et de Paris-La Défense, une grande variété de programmes : Bachelor, Programme Grande École, Masters of Science, MBAs et Mastères Spécialisés ainsi qu’une offre de formations sur-mesure dédiée aux entreprises.

L’IÉSEG s’appuie sur un corps professoral international de haut niveau. Les 175 professeurs permanents de 48 nationalités différentes sont tous titulaires d’un doctorat ou d’un PhD. L’IÉSEG dispose également d’un réseau de 323 universités partenaires dans 76 pays différents. Enfin, son centre de recherche (IÉSEG Research) est une composante essentielle d’une Unité Mixte de Recherche CNRS, le LEM (Lille Économie Management – UMR CNRS 9221), qui regroupe plus de 150 chercheurs.

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