Vers un entrepreneuriat inclusif à impact positif

Comme nous avons pu l’observer ces dernières années, l’entrepreneuriat connait des transformations majeures. Certaines de ces mutations ont pour objectif de répondre aux défis sociétaux et environnementaux tels que réduire la pauvreté, lutter contre la pollution ou réduire les inégalités. Nous observons également que de plus en plus de jeunes sont à la recherche de « sens » dans leur parcours académique et professionnel. Ainsi, plusieurs jeunes diplômés n’hésitent plus à refuser des contrats à durée indéterminée dans certaines entreprises qu’ils jugent peu compatibles avec leurs valeurs. Ils préfèrent choisir de nouvelles expériences répondant à leurs attentes et n’hésitent pas, parfois, à dénoncer publiquement la formation qu’ils ont reçue. Parmi ces talents, certains choisissent l’entrepreneuriat et sont attirés par des projets à impact positif et durable. Cette nouvelle génération réclame un engagement plus fort pour répondre aux transformations sociétales et environnementales. L’ensemble de ces éléments nous amène à espérer, pour les années à venir, davantage d’entrepreneurs, dirigeants et collaborateurs engagés dans ce qu’on appelle un entrepreneuriat à « impact positif ». Ce dernier désigne les actions et processus qui ont pour mission d’aider toute personne, notamment celles en marges (e.g., femmes, migrants, jeunes, précaires), à porter un projet entrepreneurial durable qui leur permettra d’assurer un revenu convenable.

L’éducation, et plus particulièrement, la formation de cette nouvelle génération de dirigeants et entrepreneurs à impact positif est au cœur de cette transition. En plus des structures d’accompagnement spécialisées qui ont émergé afin de former et accompagner une nouvelle génération d’entrepreneurs désireux de répondre à ces défis, les grandes écoles et universités en tant qu’acteur majeur de la formation, ont de leur côté initié plusieurs démarches dans ce sens. On observe ces dernières années une augmentation exponentielle de cours intégrés dans le parcours académique des étudiants. Les enseignements évoluent profondément et on voit de plus en plus apparaitre des contenus en lien avec le développement durable, la responsabilité sociale, le changement climatique, l’entrepreneuriat social ou la finance responsable.

Mais à notre sens, ce type d’engagement devra se faire en ayant une vision collaborative impliquant les jeunes dans la co-construction de ce type de formations. Ainsi des hackathons sont régulièrement organisés pour faire émerger des innovations sociales à impact positif. Un autre exemple qui illustre l’engagement des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs concerne les fresques du climat organisées de plus en plus souvent et dont l’objectif est de sensibiliser les étudiants aux enjeux climatiques et environnementaux. Une meilleure valorisation de l’engagement des étudiants dans ce type de formation peut également contribuer à améliorer leur motivation. Dans la même veine, plusieurs écoles ont lancé depuis plusieurs années des chaires de recherche et d’enseignement dédiées à produire des connaissances en lien avec cette transition. Ce type d’entité a l’avantage de mobiliser à la fois le monde de l’entreprise, les étudiants et les enseignants-chercheurs experts de leur domaine. Il s’agit là d’un cercle vertueux qui sera de nature à donner des perspectives vers une économie plus inclusive et durable.

Un autre acteur majeur à ne pas oublier dans cet écosystème est les pouvoirs publics qui jouent un rôle primordial dans la structuration et le leadership des différents acteurs de l’écosystème entrepreneurial. Les pouvoirs publics ont pour mission de fixer un cadre institutionnel afin de répondre à ces enjeux environnementaux et sociétaux. Car, force est de constater l’existence de plusieurs dispositifs à différents niveaux (locaux, nationaux et internationaux) avec le risque de superposition des actions, une ambiguïté vis-à-vis des entrepreneurs inclusifs ainsi qu’un risque de dysfonctionnement.

En tant qu’acteur majeur du changement, l’entrepreneur inclusif avec un projet à impact positif aura pour mission de répondre aux défis sociétaux et environnementaux.

Walid A. Nakara,
responsable du Département Entrepreneuriat et stratégie Montpellier BS

 

A propos de Walid A. Nakara

Dr. Walid A. Nakara est Professeur à Montpellier Business School et responsable du Département Entrepreneuriat et stratégie. Il est Fondateur et directeur de la Chaire Entrepreneuriat Social & Inclusion. Docteur Nakara est également membre permanent du Labex à l’Université de Montpellier. Sa recherche porte principalement sur l’entrepreneuriat inclusif. Il est auteur de plusieurs publications dans diverses revues scientifiques à comité de lecture telles que World Development, Journal of Business Research, Small Business Economics, La Revue de l’Entrepreneuriat, La revue Française de Gestion, European Management Review. Parallèlement, il collabore avec des dirigeants d’entreprises (classiques et sociales), consultants et accompagnateurs à la création d’entreprise.

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