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Les campus sans tabac se développent au-delà des lieux de formation en santé : témoignages d’écoles membres de la CGE

Les campus sans tabac se développent au-delà des lieux de formation en santé : témoignages d’écoles membres de la CGE

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Par Renaud Bouthier, pharmacien, Directeur Avenir SantéSandra Loisy, Coordinatrice de projets nationaux Avenir Santé

 

De plus en plus d’établissements d’enseignement supérieur s’engagent dans les campus sans tabac. Comme précisé auparavant, d’abord limitées aux filières médicales ou paramédicales, ces initiatives se développent désormais dans des écoles d’ingénieurs, de commerce, d’arts ou encore dans les universités généralistes. Depuis 2022, l’association Avenir Santé[1] accompagne cette dynamique en sensibilisant les usagers de différents campus (étudiants, enseignants, personnels) aux risques liés au tabac et au vapotage (et aux nouvelles formes de consommation de nicotine), afin de donner à tous, les mêmes accès à la prévention et droits à la santé.

Avenir Santé accompagne en particulier des lieux d’enseignement supérieur hors santé. Et le développement des campus sans tabac dans ces structures soulève plusieurs défis.

Le premier est culturel. Dans de nombreux campus, le fait de fumer et/ou de vapoter reste associé à un temps de convivialité, aux pauses entre cours ou à la gestion du stress et des émotions.

De plus, la transformation du campus en espace sans tabac et/ou sans vapotage n’est pas un enjeu vu comme prioritaire et est souvent perçu comme une atteinte aux libertés individuelles. Les équipes doivent encore plus qu’ailleurs, privilégier une approche pédagogique et participative plutôt qu’une logique répressive et restrictive.

Au-delà d’une acceptabilité sociale plus faible envers les campus sans tabac que dans un lieu de formation en santé, le manque de moyens et de structuration des services de santé étudiants ne permet pas toujours d’avoir un support interne évident pour porter la démarche. Il convient donc de mobiliser en interne des ressources facilitantes : la motivation individuelle est souvent un facteur de réussite.

Par ailleurs, la faible perception des risques liés au tabac et encore plus à la vape sont de véritables freins. Les premiers arguments des réfractaires nous invitent à nous intéresser dans un premier temps aux enjeux liés à l’alcool ou à la santé mentale des étudiants, autres enjeux bien évidemment non négligeables à prendre en compte dans un campus promoteurs de santé.

Un autre défi concerne l’adhésion des usagers. La réussite d’un campus sans tabac repose sur la concertation, la communication et l’accompagnement des consommateurs vers des solutions de sevrage. Sans soutien adapté, les interdictions risquent d’être mal acceptées ou peu respectées. Le portage politique, de la direction, et pluridisciplinaire est donc un indispensable de la démarche.

Autre défi : l’implication des étudiants, dans le cadre de leur parcours universitaire/étudiant est une valeur ajoutée en termes de défis, challenge et développement de nouvelles compétences.  Il s’agit de changer le cadrage du projet en ciblant une approche participative plutôt que « santé ». L’adhésion des associations étudiantes est bien sûr un vecteur facilitant.

Pour relever ces défis, il est important de rappeler que les campus sans tabac ne sont résolument pas réservés aux lieux de formation en santé.

Hors lieux d’enseignement supérieur en santé, la transformation du campus en campus sans tabac peut s’appuyer sur des opportunités spécifiques : les terrains favorables à l’innovation sociale. Impliquer les usagers dans la transformation de leur campus leur permet de se sentir considéré et engagé dans la démarche : solliciter leur avis, leur proposer de choisir des emplacements stratégiques pour les zones fumeurs, leur donner la possibilité de s’impliquer dans le comité de pilotage du projet, participer aux évènements, réagir aux journées tests, etc.

Mettre en place un campus sans tabac est également une mesure fantastique de valorisation RSE et s’inscrit pleinement dans une politique de développement durable : amélioration de l’image institutionnelle, cohérence avec les politiques climat/environnement, intégration dans les labels qualité de vie ou responsabilité sociétale. Un des objectifs à moyen terme serait que les étudiants puissent se visualiser en tant que professionnels dans une entreprise sans tabac, un cadre qui serait devenu la norme.

Les encadrés suivants présentent 3 expériences d’écoles membres de la CGE qui ont saisi l’opportunité de déployer un campus sans tabac : l’EPF Cachan, l’Institut Agro Dijon et Kedge Marseille.

[1] Avenir Santé est une association qui s’engage pour la santé des  jeunes (de 12  à 25 ans) par des actions de terrain, en prévention et réduction des risques, sur 4 thématiques : les addictions, la santé sexuelle, les risques auditifs et les accidents de la circulation. Plus d’infos sur www.avenir-sante.com

EPF Cachan, Vincent Couteaux, Adjoint à la direction – Vie de campus

L’EPF a engagé une démarche ambitieuse de Campus Sans Tabac à l’échelle de plusieurs de ses sites, portée par un comité de pilotage multi-campus réunissant directions, personnels, étudiants et partenaires de santé publique. Cette dynamique collective permet d’adapter le projet aux réalités de chaque campus tout en partageant des retours d’expérience communs.

Accompagnée par l’EHESP et l’association Avenir Santé, l’école a déjà franchi plusieurs étapes structurantes. Des journées-test ont été organisées afin d’observer les usages et de sensibiliser les étudiants et personnels. Des espaces temporaires distincts des futurs abris fumeurs et vapoteurs, ont permis d’expérimenter les flux et les comportements sur le terrain. En parallèle, des entretiens individuels et collectifs ont été menés afin de recueillir les perceptions et attentes des usagers. Une analyse de l’environnement du campus a également été réalisée, avec notamment un projet d’aménagement d’un espace « jardin public » donc non-fumeur devant l’établissement.

L’un des principaux enseignements de cette phase expérimentale concerne les vapoteurs, dont beaucoup ne se sentent pas concernés par la démarche « sans tabac et sans fumée ». Cette difficulté a permis d’ouvrir un dialogue constructif autour des enjeux de santé, de qualité de vie et de partage des espaces communs. Malgré ces questionnements, les retours observés lors des journées-test restent très positifs, avec une forte adhésion globale des étudiants et personnels.

Les prochaines étapes consisteront à sélectionner et former des ambassadeurs étudiants et personnels, installer les abris et la signalétique, et consolider les outils d’accompagnement à l’arrêt du tabac et de la vape. Cette mobilisation collective témoigne de la volonté de l’EPF d’inscrire durablement la santé et le bien-être au cœur de la vie de campus, en construisant une démarche concertée, progressive et adaptée aux usages de sa communauté.

Institut Agro Dijon, Charlène Fichet - Service des Ressources Humaines et de la Prévention, Chargée de mission en Développement Durable et Prévention 

"Depuis 2023, L’Institut Agro Dijon s’est engagé dans une démarche progressive vers un campus sans tabac, en cohérence avec son engagement pour la santé et le bien-être de sa communauté.

Durant trois ans, plusieurs actions ont été menées : enquêtes auprès des usagers, journées de sensibilisation et phases de test (journées et mois sans tabac). Ces étapes ont permis d’adapter la démarche aux réalités du terrain et de favoriser une adhésion progressive.

Le principal défi reste l’accompagnement au changement de pratiques et l’acceptabilité des mesures. La mobilisation des étudiants et des personnels constitue un enjeu constant, nécessitant un travail régulier de sensibilisation, de pédagogie et de dialogue.

Aujourd’hui, le projet entre dans une phase décisive avec une inauguration prévue à la rentrée de septembre 2026. La communication sera essentielle pour valoriser cette dynamique et en assurer l’appropriation durable.

L’accompagnement de Avenir Santé a constitué un appui structurant, grâce à son expertise et ses outils de prévention. L’association a joué un rôle essentiel pour consolider la démarche et garantir la mise en œuvre du projet."

Ecole Kedge Marseille, Margaux Barou, Gestionnaire du projet Care 4 Students - Service Santé, Prévention & Inclusion - Direction Vie Etudiante

En collaboration avec Avenir Santé, KEDGE Business School Marseille s’engage dans la démarche Campus Sans Tabac afin de promouvoir un environnement favorable à la santé et au bien-être de l’ensemble de sa communauté.

Cette initiative s’inscrit pleinement dans la stratégie KEDGE Impakt, qui vise à renforcer l’engagement social et environnemental de l’école à travers des actions concrètes en faveur de la transition écologique, de la qualité de vie et de l’inclusion.

Les campus constituent des lieux de vie, d’apprentissage et de socialisation où les enjeux de prévention ont toute leur place. En participant à cette démarche, KEDGE souhaite sensibiliser les étudiant·es et les collaborateur.ices aux impacts du tabac sur la santé, tout en encourageant des comportements plus favorables au bien-être collectif.

Cette collaboration avec Avenir Santé permet également de proposer des actions de prévention adaptées aux réalités étudiantes, fondées sur l’échange, la pédagogie et la participation des jeunes eux-mêmes.

La démarche contribue aussi à améliorer le cadre de vie sur les campus à travers la réduction des déchets liés aux mégots de cigarette, qui représentent une source importante de pollution des espaces extérieurs.

Elle participe également à l’amélioration de la qualité de vie au travail des collaborateur·rices en favorisant un environnement plus sain et plus agréable au quotidien. »

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