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ISTOM et les Suds : une internationalisation de longue date

ISTOM et les Suds : une internationalisation de longue date

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Par Antoine Malafosse, Responsable Mastère spécialisé « Energie, environnement et transitions des pays du Sud » de l'ISTOM

 

1. L’ADN de l’ISTOM, école d’ingénieurs tournée vers les pays du Sud

Nous sommes confrontés aujourd’hui à des défis complexes : le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité, la nécessité d’alimenter la population mondiale de façon durable, et un développement économique devant assurer l’accès à des services publics essentiels pour tous. Comme le montre très explicitement l’actualité récente, nos économies dépendent intimement des échanges internationaux aux nombreuses conséquences indirectes. Le caractère global de ces défis, et la place grandissante dans l’économie mondiale et la gouvernance globale des pays du Sud renforcent la légitimité du cursus de formation de l’ISTOM, résolument orienté vers les pays émergents et en développement. En effet, les crises et les concepts de résilience et de durabilité s’y posent souvent de façon plus aigüe ; depuis des dizaines d’années ces sociétés inventent des réponses et des adaptations qu’un ingénieur doit connaître, maîtriser, et savoir adapter s’il veut pouvoir agir avec discernement et agilité dans ses projets, au Nord comme au Sud.

Depuis près de 120 ans, notre école d'ingénieurs se fonde sur ce choix pour mettre au cœur de ses enseignement des terrains du Sud global, c'est-à-dire des territoires d’Amérique latine, Afrique et Asie-Océanie. Ces enseignements et stages sur le terrain s’effectuent avec une forte préparation et un fort accompagnement malgré la distance : les enseignants de l’ISTOM peuvent rejoindre leurs étudiants sur le terrain. Ils permettent bien sûr d'acquérir et de maîtriser les sciences de l'ingénieur dans les domaines de l'agroécologie, la souveraineté alimentaire, l'environnement et l'énergie. Ils obligent aussi à l’utilisation de nouvelles clés de compréhension et à la construction d’autres visions des crises et de leurs solutions. Outre que cela est très formateur, cette reconstruction implique d’accéder au « point de vue des acteurs » et donc de comprendre la façon dont les questions scientifiques et techniques sont mêlées à des questions sociales et économiques. C’est l’apprentissage de la complexité et de la pluridisciplinarité.

Bien sûr, l’ISTOM a adapté ses enseignements au fil des ans, principalement en fonction de la demande des futurs employeurs, qui participent activement à nos organismes de gouvernance ; l’école a également développé des partenariats avec des universités et écoles d’enseignement supérieur du Sud ; elle accueille enfin une proportion grandissante d’étudiants internationaux.

 

2. Un cursus qui évolue et qui s’adapte aux exigences du monde économique d’aujourd’hui

Depuis les années 2000, l’ISTOM s’est une fois encore adapté pour répondre à des défis d’importance cruciale, défis notamment formalisés dans les 17 Objectifs des Nations Unies pour le Développement Durable (ODD), nouveaux repères de plus en plus marquants pour la société et, en particulier l’enseignement supérieur, obligatoirement précurseur afin de « former pour demain ».

Les ingénieurs de l’ISTOM font partie de ces futurs décideuses et décideurs, c’est-à-dire des cadres qui évolueront dans des contextes incertains. De fortes responsabilités et attentes sociales pèseront sur leurs épaules en termes de pertinence de prise de décision et d’actions à coconstruire, à justifier, à engager et à évaluer. A cet égard, le capital humain est primordial et les terrains au Sud permettent de le faire fructifier d’une manière originale. Notre cursus doit sans cesse être repensé et réajusté, de manière à ce que l’école valorise sa vision spécifique des compétences indispensables à la mise en œuvre des transitions attendues. L’enjeu est double : que l’ISTOM ne perde pas la singularité et la qualité de son projet de formation et qu’elle puisse concrètement former des ingénieurs suffisamment armés pour gérer ces sujets complexes.

A titre d’exemple, c’est dans cet esprit que nous avons lancé en 2024, en parallèle à la mise en place d’enseignements « énergie » dans notre cycle ingénieur, un Mastère spécialisé « Energie, environnement et transitions des pays du Sud », à partir d’un constat simple : le contexte global actuel fait de la transition énergétique un sujet essentiel. Concernant les pays émergents et les pays en développement, cette transition a un caractère urgent et massif : infrastructures insuffisantes, faible niveau de développement économique appelant une croissance importante du secteur de l’énergie décarbonée et des territoires déjà durement affectés par les effets du changement climatique.

Pour rendre opérationnelle cette transition, il est indispensable que ces pays puissent disposer de cadres formés pour pouvoir planifier, piloter le développement et la mise en place d’infrastructures, que ce soit au sein d’organismes publics (administrations, maîtrises d’ouvrage) ou privés (entreprises, ingénieries, ONG).

Le programme Mastère spécialisé qu’a mis en place l’ISTOM vise donc à donner à des cadres, expérimentés ou non, une spécialisation dans le secteur de l’énergie. Ce Mastère accueille aussi bien des cadres de pays du Sud qu’européens et leur permet de satisfaire les besoins des employeurs pour assurer les fonctions nombreuses et variées du secteur énergie.

Le contenu de ce Mastère spécialisé a été élaboré avec de nombreuses parties prenantes et apporte des compétences opérationnelles : compréhension des aspects globaux liés à l’énergie ; maîtrise des outils techniques indispensables à la conduite de projets ; évaluation de la demande en énergie, afin d’optimiser la conception des projets en rapport avec leurs territoires ; construire une offre en énergie ; l’impact environnemental et sociétal de projets énergie.

 

3. Toujours plus de partenariats avec des universités et écoles du Sud

Dans le souci de rester attentif aux évolutions de l’enseignement supérieur des pays du Sud, notre école a développé très tôt des relations avec de nombreuses institutions, notamment au Bénin, Congo, Côte d’Ivoire, Niger, et Rwanda. Le modèle qui a été recherché pour toute contractualisation avec un nouveau partenaire a été celui d’une collaboration qui commence par un projet de recherche ou d’enseignement afin de maximiser les formes d’intégration et de durabilité des conventions.

Plus récemment, nous avons tissé des liens avec l’Université Fédérale du Céará, au Brésil dans le domaine de l’économie bleue. Au-delà de projets de recherche en commun dans ce domaine, nous avons pu, par exemple, inviter des professeurs pour enseigner aussi bien dans le cycle ingénieur que dans notre Mastère spécialisé et accompagner des étudiants dans le cadre de stages ou de la rédaction de mémoires.

Avec le centre universitaire Agrotech d’Obala, au Cameroun, la convention signée permet de recevoir chaque année à l’ISTOM des étudiants issus de la spécialisation agronomie. Des enseignants de l’ISTOM se rendent régulièrement à Obala pour y enseigner, donnant là encore l’occasion d’échanges au bénéfice de tous.

Dans de telles relations, l’idée sous-jacente est d’échanger, en réseau, des savoirs universitaires adaptées aux terrains du Sud, qui sont également riches d’enseignements pour nos territoires du Nord dans le domaine des thématiques abordés (agroécologie, alimentation durable, environnement et énergie). C’est également donner à entendre à nos étudiants des points de vue du Sud qui permettent de relativiser nos analyses et de les confronter à d’autres, tout aussi pertinentes. Elles permettent aussi de sortir d’une vision très occidentalo-centrée de ce qu’est le développement durable.

 

4. Une proportion grandissante d’étudiants internationaux

L’ISTOM a toujours accueilli des étudiants internationaux. Ces dernières années, la proportion de ceux-ci a grandi jusqu’à atteindre 25%. On conçoit bien l’intérêt là aussi de recevoir des étudiants venus de pays du Sud, toujours dans ce souci d’apports de pays, de savoirs et de cultures variés. La richesse de la vie associative témoigne d’ailleurs de ces échanges et de ce bouillonnement d’idées qui traversent toutes les promotions. Nos alumni, présents dans de nombreux pays, sont unanimes à témoigner de ce que leur a apporté cette vie étudiante partagée entre multiples nationalités.

Nous ne prétendons bien évidemment pas remplacer les établissements d’enseignement supérieur du Sud, mais plutôt apporter notre modeste contribution aux besoins colossaux de formation des pays émergents et en développement pour les années qui viennent, avec toujours ce souci que la conception et la mise en œuvre d’enseignements soient fait au plus près des réalités du Sud. La comparaison des trajectoires entre pays et régions est aussi un enjeu majeur de construction de nouvelles connaissances qui paraissent utiles et adaptées pour repenser et coconstruire les transitions dont nous avons besoin.

 

5. Conclusion

Dans le contexte d’un monde forcément toujours plus globalisé, où la compréhension et le dialogue entre différentes régions du monde sont d’ores et déjà indispensables pour conduire les transitions nécessaires, il nous parait toujours plus essentiel de former des étudiants à l’internationalisation, en consolidant des réseaux entre organismes de formation du Sud et du Nord, et en facilitant les allers-retours d’étudiants entre ces structures.

À propos de l’ISTOM

Une école d’ingénieurs tournée vers l’agroécologie, l’alimentation durable, l'environnement et l’énergie à l’international
Une mission : former des ingénieurs et experts du développement durable

L’ISTOM a pour ambition de former des ingénieurs de haut niveau, dotés d’une formation très pratique, de compétences en sciences du vivant mais aussi en sciences économiques et sociales afin de prendre en compte, dans leurs métiers, toute la complexité des urgences liées au changement climatique : raréfaction des ressources (notamment l’eau), érosion de la biodiversité, réchauffement des écosystèmes, transition énergétique.

L’ISTOM, École Supérieure d’agro-développement international, est un établissement d'enseignement supérieur privé d’intérêt général (EESPIG), sous tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche) ayant un statut d’association loi 1901 à but non lucratif. Fondée au Havre en 1908, elle déménage à Cergy-Pontoise en 1991 pour finalement s’implanter à Angers en 2018, pôle végétal à vocation mondiale. L’ISTOM est accréditée par la Commission des Titres d’Ingénieur (CTI).

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