Par Sarah Rueda, Coordinatrice du Programme national de lutte contre le tabac et Sylvie Chazalon, Médecin inspecteur de santé publique, Bureau prévention des addictions, Direction générale de la santé, Ministère de la santé ; Frédéric de Bels, Responsable du département Prévention, Institut national du cancer
L’extension des environnements sans tabac est l’une des mesures emblématiques du grand effort collectif porté par les pouvoirs publics depuis plus de dix ans, aux côtés des associations, des acteurs locaux et des professionnels de santé, visant à vaincre le fléau du tabagisme.
Les espaces sans tabac contribuent à dénormaliser sa consommation dans l’espace public, à réduire son attractivité sociale et à protéger l’ensemble de la population, notamment les jeunes, de l’exposition au tabagisme passif. Ils conduisent à réduire l’initiation du tabagisme chez les jeunes et renforcent les intentions d’arrêt des fumeurs. Ils participent aussi à la préservation de notre environnement en limitant la pollution liée aux mégots et améliorant la qualité de l’air. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé et l’Union européenne[1] encouragent depuis plusieurs années les États à développer de tels environnements.
En cohérence avec ces recommandations, le Programme national de lutte contre le tabac (PNLT) 2023-2027 appelle au déploiement des espaces sans tabac dans le quotidien des Français.
Plusieurs étapes déterminantes ont été franchies sur le plan réglementaire, avec l’interdiction de fumer dans les lieux collectifs fermés (1991 puis 2006), dans les aires de jeux pour enfants ou dans les véhicules en présence d’un mineur (2016). En juin 2025, un nouveau cap a été atteint avec l’extension de cette interdiction à de nombreux lieux extérieurs fréquentés par les enfants — parcs et jardins, plages, abords des écoles, des stades et des bibliothèques ou encore abribus.
Prochaine étape promue par le PNLT 2023-2027 : le déploiement des campus et écoles de santé sans tabac sur tout le territoire.
Les établissements d’enseignement supérieur sont des lieux de vie essentiels pour environ 3 millions de jeunes chaque année en France. Libérer ces lieux du tabac est une mesure primordiale pour limiter l’exposition des jeunes aux produits du tabac et au risque d’addiction liée à la nicotine.
Les dernières données publiées par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) montrent une avancée historique : « en près de quinze ans, l’expérimentation du tabac a été divisée par quatre chez les collégiens et par deux chez les lycéens, tandis que le tabagisme quotidien parmi ces derniers a été divisé par cinq »[2]. 5,6% des lycéens en 2024 sont fumeurs quotidiens, contre 23,2% en 2015.
Alors que nos efforts collectifs nous rapprochent d’une génération sans tabac, il y a un vrai enjeu à assurer dans les lieux d’enseignement supérieur la cohérence et la continuité avec les espaces sans tabac que les jeunes ont connu dans l’enseignement primaire et secondaire et à mobiliser tous les acteurs en contact avec la jeunesse. Déployer des campus sans tabac, c’est mettre en place des environnements de vie qui soient plus protecteurs pour leur santé et se donner les moyens d’accompagner cette génération au-delà du lycée, afin de conforter dans le temps cet important progrès de santé publique et ne pas simplement reculer l’âge de l’initiation.
Pour toutes ces raisons, le déploiement sur le territoire de la démarche « Campus sans tabac » est une mesure prioritaire du PNLT. Elle figure également dans la nouvelle feuille de route 2026-2030 de stratégie décennale de lutte contre les cancers sous la priorité « Bâtir une génération Prévention ».
Cette démarche a été initiée par l’EHESP en 2018 sur son site de Rennes. En 2021, sur financement de l’Institut national du cancer (INCa), le projet de recherche PRODEVCAMPUS (Promouvoir et développer les campus sans tabac en France) a été lancé, qui visait à la promotion et à la mise en place des campus sans tabac dans des facultés de médecine volontaires, l’analyse de la littérature scientifique, la compréhension des étapes qui ont abouti au succès du campus sans tabac de l’EHESP (modèle logique), et l’édition d’un guide de recommandations et d’outils à destination des lieux d’enseignement supérieur (le site Internet actuel www.campus-sans-tabac.ehesp.fr). Depuis 2025, le Fonds de lutte contre les addictions (FLCA) soutient cette priorité au niveau national, notamment à travers le projet PRODEVCAMPUS 2, porté par l’EHESP. Celui-ci a permis de concrétiser des partenariats structurants avec la Conférence des Grandes Ecoles et France Universités.
A ce jour, une cinquantaine d’établissements ont rejoint la démarche campus sans tabac, en s’appuyant sur la mobilisation de leur direction, l’implication de leurs personnels et des étudiants ainsi que sur la participation des services de santé étudiants. Il est à noter que si dans un premier temps, l’accent a été porté sur les campus formant les professionnels de la santé, au regard de l’exemplarité et du rôle qu’ils auront à jouer dans la prévention et l’accompagnement de leurs futurs patients, la démarche s’adresse à tous les établissements de l’enseignement supérieur. Leur engagement est un relais indispensable pour le déploiement territorial.
Cette volonté collective constitue un levier essentiel pour conforter le recul du tabagisme dans notre société et soutenir une dynamique de promotion de la santé pour tous – personnels comme étudiants – et de préservation de notre environnement.
[1] Recommandation du Conseil relative aux environnements sans fumée et sans aérosols remplaçant la recommandation du Conseil 2009/C 296/02 (adoptée en décembre 2024)
[2] Spilka S., Philippon A., Le Nézet O., Janssen E. (2026) Les usages et perceptions des substances psychoactives chez les collégiens et les lycéens. Résultats EnCLASS 2024. Paris, OFDT, coll. Notes de résultats, 20 p.