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Volontariat international : un levier à renforcer dans les Grandes écoles

Volontariat international : un levier à renforcer dans les Grandes écoles

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Par Yann Delaunay, directeur général de France Volontaires

 

À l’heure où les établissements d’enseignement supérieur cherchent à renforcer l’employabilité et l’engagement de leurs étudiants, le volontariat international d’échange et de solidarité apparaît comme un dispositif à fort potentiel. Le volontariat de solidarité internationale (VSI) ou le Service Civique international permettent d’acquérir des compétences formelles et informelles particulièrement recherchées. Reste à les intégrer pleinement dans les parcours de formation.

 

Selon une enquête OpinionWay réalisée pour France Volontaires en novembre 2023, 58 % des jeunes de 18 à 35 ans se déclarent prêts à s’engager à l’international, tandis que 77 % des jeunes actifs souhaitent avoir un impact concret sur les grands enjeux contemporains[i].

 

Un véritable tremplin vers l’emploi

Le lien entre engagement et insertion professionnelle n’est plus à démontrer. Le volontariat international constitue un espace d’apprentissage concret, où les étudiants développent des compétences opérationnelles, une capacité d’adaptation et un sens des responsabilités difficilement reproductibles dans un cadre académique classique.

Au-delà des compétences techniques, ces expériences permettent également de développer des qualités humaines particulièrement valorisées sur le marché du travail : autonomie, prise d’initiative, intelligence interculturelle ou encore gestion de situations complexes. Dans des contextes souvent exigeants, les volontaires apprennent à naviguer dans des environnements incertains, à coopérer avec des acteurs variés et à produire des résultats tangibles.

Le parcours de Stanislas, diplômé des Arts et Métiers ParisTech, illustre cette dynamique. Après une expérience d’échange à la Chongqing University, il choisit de s’engager en volontariat avec les Scouts et Guides de France :

« Je voulais continuer à étancher mes désirs de découverte et de rencontre. Le tout était de donner du sens à cette année bonus de ma formation. Faire un volontariat en service civique international s’inscrivait pour moi dans une démarche citoyenne. Il était essentiel que je puisse rendre à la société ce qu’elle m’avait apporté via mes études dans divers établissements publics ».

À son retour, il signe un contrat comme ingénieur d’affaires, preuve que cette expérience constitue un véritable accélérateur de parcours.

 

Intégrer le volontariat dans les cursus : des expérimentations concrètes

Certaines institutions ont déjà franchi le pas de l’accompagnement des étudiants dans cette démarche. À l'EDHEC, le Global Impact Project permet aux jeunes de s’engager dans des missions à impact social ou environnemental, en lien avec leur formation. Encadrées pédagogiquement, ces missions s’inscrivent dans le cursus et donnent lieu à une valorisation académique, ce qui contribue à leur reconnaissance par les étudiants comme par les recruteurs. Cette dynamique s’est récemment concrétisée sur le terrain avec l’arrivée des premiers étudiants de l’EDHEC engagés dans ce cadre. A l’automne 2025, Odiano est ainsi arrivé à l’antenne de l’Institut de Coopération pour le Développement (ICD) Afrique avant d’être déployé sur des projets menés par l’association dans le sud du Sénégal.

Même logique du côté de l’Université catholique de Lille, qui a signé un partenariat avec France Volontaires pour renforcer la place du volontariat international dans les parcours étudiants. L’accord prévoit notamment la promotion active des dispositifs de V.I.E.S, l’organisation d’événements dédiés et la diffusion d’offres de mission adaptées aux profils des étudiants. Il s’accompagne également d’un travail de sensibilisation des équipes pédagogiques afin d’identifier les modalités d’intégration les plus pertinentes selon les formations : année de césure, stage de fin d’études ou encore module spécifique dédié à l’engagement.

Ces initiatives témoignent d’une évolution progressive : le volontariat n’est plus seulement une parenthèse dans un parcours, mais tend à devenir une composante intégrée de la formation. Elles ouvrent aussi la voie à des formes hybrides, combinant apprentissages académiques et immersion de terrain, dans une logique de pédagogie de l’expérience.

 

Des compétences réelles, acquises sur le terrain

Au-delà de l’intention, ce sont les compétences développées qui font la valeur du volontariat. Léo, diplômé de l’École de l’aménagement durable des territoires (ENTPE) et de l’Institut d’urbanisme de Lyon, engagé en VSI en Mauritanie en 2024, en témoigne :

« L’avantage ici, c’est que je touche à tout, même si je fais principalement du travail de recherche, je participe aussi à la recherche de financement et je suis impliqué dans d’autres projets. C’est une expérience très riche. »

Dans des contextes urbains en transformation rapide, ces missions permettent de confronter les connaissances théoriques à des réalités de terrain complexes. Les volontaires sont amenés à produire des diagnostics, à dialoguer avec des acteurs locaux et à contribuer à des projets structurants, autant d’expériences professionnalisantes.

Cette polyvalence est au cœur des attentes des employeurs. Elle se retrouve également dans le parcours d’Alexiane, diplômée de Sciences Po puis des Mines ParisTech, qui s’était engagée en volontariat à Accra sur les enjeux de gestion des déchets :

« Je travaillais depuis déjà trois ou quatre ans sur les sujets de transition écologique des villes. L’objectif était de sensibiliser les communautés locales aux impacts de la gestion des déchets comme avec le projet La Rue Zéro Déchet, par exemple, qui visait à impliquer tous les acteurs de la société ». Tout en soulignant les compétences acquises sur le terrain : « La capacité d’adaptation est primordiale, pour essayer de nouvelles approches, comprendre le fonctionnement local, et bien observer pour s’y adapter. J’ai aussi développé des compétences en termes de gestion des partenariats. »

Ces expériences permettent également de donner du sens aux apprentissages académiques, en inscrivant les savoirs dans des problématiques concrètes et en renforçant la motivation des étudiants.

Le volontariat mis en œuvre par France Volontaires et ses membres permet enfin d’éviter les pièges du volontourisme, qui cherche à profiter du désir d’engagement des étudiants pour les attirer vers des offres souvent onéreuses, la plupart du temps inutiles pour les communautés locales et parfois dangereuses pour les bénéficiaires.

 

Un levier d’ouverture et d’interculturalité pour les établissements

L’intégration du volontariat ne bénéficie pas uniquement aux étudiants. Elle transforme également les établissements eux-mêmes. En région Occitanie, l’Institut Agro de Florac, par exemple, accueille de volontaires internationaux venant de pays partenaires, dans le cadre du principe de réciprocité.

Léa Moock, chargée d’ingénierie de projet, précise :

« D’une part, il s’agit de renforcer les projets de coopération internationale des établissements. D’autre part, l’accueil de volontaires internationaux – notamment dans le cadre du service civique de réciprocité – permet d’introduire davantage d’interculturalité au sein des établissements. L’enseignement agricole remplit plusieurs missions, parmi lesquelles figure explicitement la coopération internationale. Cette ouverture est donc pleinement intégrée à son fonctionnement ». Elle insiste également sur l’impact pédagogique de ces échanges : « Ces jeunes apportent souvent un regard différent, lié à leur parcours, à leur formation ou à leur expérience dans des contextes parfois plus directement confrontés à certains enjeux, comme le changement climatique. Cela nourrit les échanges et ouvre des perspectives nouvelles pour les élèves comme pour les équipes éducatives. »

Au-delà des bénéfices pédagogiques, ces dynamiques contribuent à renforcer l’attractivité internationale des établissements, en valorisant leur engagement et leur capacité à proposer des parcours ouverts sur le monde.

 

Vers une intégration plus systématique dans les grandes écoles ?

À l’heure où les grandes écoles repensent leurs modèles pédagogiques pour répondre aux défis contemporains, le volontariat international constitue un outil déjà disponible, structuré et éprouvé. Il permet d’articuler formation académique, engagement citoyen et insertion professionnelle, tout en renforçant l’ouverture internationale des établissements.

Il offre également une réponse concrète aux attentes croissantes des étudiants en matière de sens et d’impact. Dans un contexte où les jeunes diplômés interrogent davantage la finalité de leur parcours, l’intégration du volontariat peut constituer un facteur différenciant pour les établissements, à la fois dans leur offre de formation et dans leur positionnement institutionnel.

Les expériences menées à l’EDHEC ou à l’Université catholique de Lille montrent qu’une intégration est possible, à condition d’un portage institutionnel et d’une articulation claire avec les objectifs de l’établissement. Elles invitent à penser le volontariat non comme une option périphérique, mais comme un outil stratégique au service des transformations de l’enseignement supérieur.

Sans bouleverser les schémas existants, le volontariat peut ainsi s’inscrire comme un complément structurant des parcours, au service de la formation de profils à la fois compétents, engagés et ouverts sur le monde.

[i] [1] Étude NewGen NewJob — NewgenTalent Centre — Mars 2022​ & Q4 2022

À propos de France Volontaires

France Volontaires est la plateforme du volontariat international d’échange et de solidarité (V.I.E.S). Elle œuvre à son développement et à sa promotion en s’appuyant sur une présence en France (métropole et Outre-mer) et sur un réseau d’Espaces Volontariats en Afrique, en Asie, en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Océanie. Opérateur du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, c’est un groupement d’intérêt public (GIP) qui réunit l’État, des collectivités et des associations dans le cadre d’une mission d’intérêt général, reconnue par la loi du 4 août 2021 comme un levier transversal d’action de la politique de développement solidaire de la France.

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